LITTERATURE CLASSIQUE

Martin Eden – Jack London

Résumé :

Martin Eden, un marin de vingt ans issu des quartiers pauvres d’Oakland, décide de se cultiver pour faire la conquête d’une jeune bourgeoise. Il se met à écrire, et devient un auteur à succès. Mais l’embourgeoisement ne lui réussit pas… Désabusé, il part pour les îles du Pacifique. Ce magnifique roman paru en 1909, le plus riche et le plus personnel de l’auteur, raconte la découverte d’une vocation, entre exaltation et mélancolie.
Car la réussite de l’oeuvre met en péril l’identité de l’écrivain. Comment survivre à la gloire, et l’unir à l’amour, sans se perdre soi-même ? Telle est la quête de Martin Eden, le marin qui désire éperdument la littérature.

Mon avis :

Martin Eden est un roman de Jack London paru aux Etats-Unis en 1909 et en France en 1921. C’est un roman très intéressant sur le combat d’un auteur en devenir pour se faire reconnaître.

« Avec de la volonté, tout homme peut s’élever au-dessus de son milieu »

Martin Eden est au départ un marin de vingt ans qui va changer de voie par amour. Pour conquérir Ruth Morse, une jeune fille bonne famille, riche et d’un niveau social plus élevé que lui, il décide de s’instruire et se met à écrire, encore et encore, de nombreuses œuvres qu’il envoie à de nombreux éditeurs avec malheureusement pour lui des retours négatifs. Il aimerait être à la hauteur de la situation à laquelle Ruth peut prétendre. Il ne laissera jamais tomber, ne se résoudra jamais à trouver un « vrai » travail, continuant sans relâche, à ses frais et parfois sans en être vraiment récompensé, à inonder le monde de l’édition de ses manuscrits.

J’ai bien aimé cette lecture qui dépeint tous les sacrifices du personnage, sa volonté de plaire à sa dulcinée, sa ténacité pour obtenir la publication d’une de ses œuvres, son obstination quoi qu’il lui en coûte à toujours écrire et à persévérer dans la voie qu’il s’est choisie, son combat contre les jugements des autres qui ne cessent de l’encourager à renoncer.

Et ce récit offre également une belle réflexion, à la fin, sur ce qui fait que les gens nous aiment, pour nous même ou pour ce que nous représentons.

Cette lecture fût donc encore une belle découverte de la littérature classique.

Lecture faite dans le cadre du programme de Coach Zola que je ne peux que vous recommander (cliquez ici)

POLARS/THRILLERS

Révélée – Renée Knight

Révélée de Renée Knight chez Fleuve en 2015 et chez 10/18 en 2016

Résumé :

Catherine ne sait plus comment ce livre lui est parvenu, mais depuis qu’elle l’a commencé, elle ne dort plus. Angoissée, obsédée par cette lecture, elle ne parvient pourtant pas à la terminer, terrifiée par ce que la fin pourrait révéler. Car le personnage de ce livre, c’est elle. Elle en est convaincue. Et l’auteur, E. J. Preston, y expose un secret qu’aucune personne vivante n’est censée connaître. Derrière ce pseudonyme, se cache Stephen Brigstocke. Cet ancien professeur voit sa vie déraper doucement et sûrement depuis le décès de son épouse. Jusqu’au moment où il découvre dans les affaires de celle-ci les photos d’une femme sur une plage et posant nue dans une chambre d’hôtel. Stephen n’a alors plus qu’un but : voir sombrer celle qu’il juge être la source de son malheur…

Mon avis :

Renée Knight est réalisatrice, productrice et auteur de documentaires pour la télévision et le cinéma. Révélée est son premier roman. Best-seller en Angleterre, traduit dans le monde entier et en cours d’adaptation cinématographique, ce roman fût une très belle lecture qui frôle le coup de cœur.

Contrairement aux thrillers anglais classiques, il démarre sur les chapeaux de roue et la tension installée dès les premières pages se poursuit jusqu’à la révélation qui vous retourne le cerveau.

C’est un pur thriller psychologique qui explore en profondeur la nature humaine, les relations de couple et d’autres thèmes qu’il serait cruel de révéler ici.

Tout commence avec un livre « Elle l’observe, posé à l’envers, encore ouvert tel qu’elle l’a laissé : ce livre auquel elle s’est fiée. Les premiers chapitres l’on amadouée et mise en confiance, ils lui ont procuré un sentiment de confort tout en lui laissant deviner le léger frisson à venir, le petit quelque chose qui l’incitait à poursuivre sa lecture, mais sans fournir aucun indice sur ce que le livre lui resservait. Il l’a appâtée, attirée dans ses pages, toujours plus loin, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle était prise au piège. Alors les mots ont ricoché dans sa tête et claqué dans sa poitrine, les uns après les autres. Comme si toute une file de gens avait sauté devant un train et qu’elle, conductrice impuissante, était incapable d’éviter la collision fatale. Trop tard pour freiner. Impossible de faire machine arrière. Malgré elle. Catherine s’est retrouvée coincée dans les pages du livre » et moi aussi par la même occasion.

Catherine est une quadragénaire qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec son mari Robert, après le départ, un peu forcé, de leur fils Nicholas pour vivre sa vie d’adulte. On ressent assez vite une certaine tension, une vie de famille assez particulière finalement. Catherine apparaît froide et distante, accaparée par son métier de journaliste visant à dénoncer les actes de pédophilie, elle semble être une femme droite et intègre, plus en phase avec sa vie professionnelle qu’avec sa vie de mère et de femme. Mais elle a un secret, qu’elle pensait ne jamais voir refaire surface et pourtant….ce livre qu’elle dévore n’est pas une lecture anodine, elle en est l’héroïne, et ce qu’elle y lit va bouleverser sa vie.

Construite sur une alternance de chapitres entre Catherine et l’auteur du livre, l’intrigue est machiavéliquement orchestrée, on ne voit rien venir, on dévore les pages pour connaître tous les tenants et les aboutissants de cette histoire.

Le seul petit bémol qui fait s’envoler le coup de cœur pour cette lecture c’est l’épilogue. Je crois que Mattias Köping a définitivement mis fin à mon goût pour les « happy end » et cela s’est vérifié ici. Si la révélation est une vraie claque qu’on ne voit absolument pas venir et qu’on se prend en plaine face, elle arrive trop tôt ; elle aurait dû être le point final de cette lecture et nous laisser ainsi, abasourdi et estomaqué. Parce que ce sont vraiment les sentiments ressentis à ce moment-là. Sauf qu’il reste encore 50 pages, des pages qui nous font douter encore de connaître le fin mot de l’histoire, qui nous font espérer une nouvelle fin….qui ne s’est pas révélée à la hauteur de ce que j’attendais au regard de la qualité de l’intrigue qui s’était déroulée sous mes yeux. J’ai espéré, attendu un twist final qui n’est pas venu. J’aurai préféré une fin plus punchy.

Mais malgré tout cette lecture est une totale réussite. Pour un premier roman, Renée Knight a mis la barre très haute en se démarquant de tous ses compatriotes anglais. C’est le meilleur thriller anglais que j’ai lu jusqu’à ce jour, rythmé, passionnant, maintenant une tension constante pendant quasi tout le récit, un suspense exceptionnel. J’ai énormément aimé cette lecture.

***

Renée Knight revient le 27 août 2020 avec son nouveau roman qui sera publié chez Fleuve et je peux vous assurer que moi je serai au rendez-vous

Résumé :

Il n’y a qu’un pas entre la loyauté…et l’obsession.

Regardez autour de vous. Qui détient le plus de pouvoir dans la pièce ? Est-ce celui qui parle le plus fort ou celui qui a le plus d’argent ?
Ou peut-être est-ce quelqu’un comme Christine Butcher : une figure douce et invisible, un témoin silencieux lorsque les informations sont partagées et les secrets murmurés.
Quelqu’un qui, tranquillement, parfois même sans le vouloir, accumule des connaissances sur ceux qu’elle est venue servir — ceux qui ne vont pas faire attention à elle.
Mais lorsque quelqu’un comme Christine Butcher est poussé à bout, elle pourrait bien devenir la personne la plus dangereuse et la plus puissante de la pièce…

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé paru en 2004 aux éditions Actes Sud

Résumé

Parce qu’un viol a fondé leur lignée, les Scorta sont nés dans l’opprobre. A Montepuccio, leur petit village d’Italie du sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu’ils appellent “l’argent de New York”, leur richesse est aussi immatérielle qu’une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela – dont la voix se noue ici à la chronique objective des événements – confie à son contemporain, l’ancien curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.
Roman solaire, profondément humaniste, le nouveau livre de Laurent Gaudé met en scène, de 1870 à nos jours, l’existence de cette famille des Pouilles à laquelle chaque génération, chaque individualité, tente d’apporter, au gré de son propre destin, la fierté d’être un Scorta, et la révélation du bonheur.

Mon avis :

Le soleil des Scorta est le troisième roman de Laurent Gaudé pour lequel il a reçu le prix Goncourt en 2004. Il est traduit dans trente quatre pays.

Le soleil des Scorta met à l’honneur tant un pays, l’Italie, qu’une famille, les Scorta. De 1870 à nos jours, l’auteur retrace le parcours de cette famille pour qui tout n’avait pas commencé sous les meilleurs auspices mais qui fera preuve d’énormément de courage et de volonté.
Tout se déroule à Montepuccio, un petit village au Sud de l’Italie où Rocco, le premier des Scorta commença sa vie bien difficilement. Né d’un viol il réussira à retourner la situation à son avantage en bâtissant sa fortune par le crime et les vols mais décidera à sa mort de tout léguer à l’église afin que sa famille connaisse le prix de la sueur. On va ensuite suivre la vie de ses 3 enfants, Carmela, Giuseppe, Domenico, laissés dans la misère et qui devront se battre pour s’en sortir. Il y aura aussi Raffaele, un de leurs plus proches amis qui deviendra un Scorta par choix.

C’est une histoire de famille. « Chaque génération essaie. Construire quelque chose. Consolider ce qu’on possède. Ou l’agrandir. Prendre soin des siens. Chacun essaie de faire au mieux. Il n’y a rien d’autre à faire que d’essayer ». La famille est vraiment le pilier de cette histoire. On suit tous les personnages très attachants qui devront affronter la vie. Chacun aura sa croix à porter. Ils sont très attachés à leur village. « Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil…sa chaleur, nous l’avons en nous ». On vit avec eux les joies, les peines, les bons moments, les drames jusqu’à la fin de leur vie.

Glissés parmi le déroulement de cette vie, des chapitres écrits en italique où de la bouche de Carmela qui se confesse au Curé de la paroisse, sortent des morceaux de son histoire qui donnent un éclairage nouveau à certains passages.

Porté par une plume envoûtante, douce et poétique, très immersive, Laurent Gaudé nous emmène au pays des olives, sous un soleil de plomb dans une famille simple, touchante, aux fortes valeurs de travail et de persévérance car « quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie ». Il en profite également pour évoquer certains thèmes de l’histoire, la guerre, l’immigration en provenance de l’Albanie.

J’ai adoré passer, en quelques heures de lecture, toutes ces années aux côtés des Scorta, tous aussi attachants les uns que les autres. C’est un véritable coup de cœur tant pour la plume de l’auteur que pour l’histoire en elle-même. Une magnifique fresque familiale qui m’a emportée dès les premières lignes et tout comme les Scorta, je n’ai pas pu quitter le village de Montepuccio avant le point final.

POLARS/THRILLERS

Resurrection bay – Emma Viskic

Resurrection bay d’Emma Viskic paru le 13.02.2020 aux éditions du Seuil

Résumé :

Caleb Zelic, détective privé à Melbourne, est bien décidé à retrouver le meurtrier de son meilleur ami Gary, un flic intègre, retrouvé égorgé chez lui. Mais Caleb est sourd depuis l’enfance et lire sur les lèvres peut parfois porter à confusion… Il sait toutefois parfaitement lire les expressions et le moindre geste de ses interlocuteurs. De plus, Caleb n’oublie jamais un visage. Avec l’aide de son associée Frankie, ex flic alcoolo, il mène son enquête mais se fait brutalement agresser. Et Frankie disparaît. Blessé, aux abois, il se réfugie chez son ex-femme à Resurrection Bay, sa ville natale.

Alors qu’il commence à remonter le fil des derniers événements menant à la mort de Gary, il réalise que tous autour de lui ont quelque chose à cacher…

Mon avis :

Résurrection bay est le premier roman d’Emma Viskic, clarinettiste professionnelle et professeure de musique et il l’a propulsée en tête des ventes dans son pays puis en Angleterre après qu’il ait remporté le Ned Kelly Award en 2016 ainsi que le Davitt Award dans trois catégories.

Resurrection bay est un bon polar, rythmé, sans temps mort, avec une intrigue bien ficelée servie par un personnage principal atypique. En effet, Caleb Zelic, détective privé à Melbourne, sourd depuis l’enfance, peut lire sur les lèvres pour peu qu’on le regarde en face et qu’on articule mais il ne comprend pas forcément tout ce qu’on lui dit. Il peut lire également les expressions et le moindre geste de ses interlocuteurs et surtout il n’oublie jamais un visage. Aidé par son associée et amie Frankie, ex flic, ex alcoolique, il enquête sur la mort de son ami Gary, égorgé par des méchants alors qu’il aidait Caleb dans une enquête sur un cambriolage. Et cette enquête menée tambour battant, sans laisser au lecteur le temps de respirer, va conduire Caleb à se dépasser.

Si l’on peut regretter une écriture (ou une traduction) un peu alambiquée, cherchant vainement à se faire poétique, et un trop léger aspect australien de cette histoire, ce roman n’en demeure pas moins un très bon polar qui se lit bien, vite et qui tient sa promesse d’une enquête prenante et au dénouement convaincant.

L’écriture m’a semblé quelque peu forcée et manquant parfois de fluidité. Les phrases sont parfois très courtes, sans queue ni tête ce qui donne une lecture hachée peu cohérente avec le rythme soutenu de cette histoire. C’est un style auquel il faut s’habituer afin d’entrer pleinement dans l’ambiance.

Si ce n’est que l’histoire se passe près de Melbourne en Australie, on ne ressent pas vraiment la réalisme du pays dans lequel se déroule cette intrigue. Je m’attendais à un plus fort accent sur le côté australien, tant dans les lieux que dans les personnages. Là on pourrait tout aussi bien être en Angleterre ou aux Etats-Unis tant le lieu de situation de l’intrigue n’est pas marqué.

Mais l’auteure rattrape ces petits défauts par une intrigue haletante et originale dans la personnalité du héros qui est très attachant. Il refuse de faire jouer son handicap et préfère se débrouiller pour réussir à lire sur les lèvres de ses interlocuteurs…ou pas, ce qui donne des situations et des conversations parfois assez loufoques. On ressent très bien, en tant que lecteur, les difficultés qu’il peut rencontrer pour comprendre les autres. On sent bien le travail de l’auteur sur le thème de la surdité, de ses conséquences et des limites que ce handicap cause à ceux qui en sont victimes. A travers les échanges entre Caleb et différents personnages, l’auteur explore les différentes façon de communiquer avec un malentendant.

L’auteure nous plonge dans le bain dès les premières pages en nous faisant assister au décès de Gary dans les bras de Caleb et à son interrogatoire par des policiers assez perturbés par le comportement de Caleb. Il se retrouve malgré lui dans une situation complexe et son envie de savoir ce qui s’est passé va le plonger dans la tourmente. Et nous aussi, par la même occasion. L’auteure arrive à maintenir la tension en continu, plaçant judicieusement les rebondissements pour rendre ce polar trépidant et haletant. On est pris complètement dans le déroulement des évènements, on ne voit pas les pages défiler et c’est très agréable de se sentir happé comme ça, d’avoir envie de tourner les pages pour connaître la fin. Et la tension ne redescend qu’à la dernière ligne de ce court polar pour le grand plaisir du lecteur.

J’ai bien aimé cette lecture et je lirai avec plaisir les autres enquêtes de Caleb Zelic déjà parues en Australie dès qu’elles seront traduites et publiées en France (message subliminal si par hasard les éditions du Seuil passaient par là et avaient envie de renouveler l’expérience)

LITTERATURE CLASSIQUE

Le crime de Lord Arthur Savile d’Oscar Wilde

Le crime de Lord Arthur Savile d’Oscar Wilde 1891

Le Crime de Lord Arthur Savile est une nouvelle de l’écrivain irlandais Oscar Wilde. Parue pour la première fois en 1887 dans The Court and Society Review et traduit en fançais en 1891 par Albert Savine.

Lord Arthur Savile, croyait passer une bonne soirée chez Lady Windermere, mais sa rencontre avec un chiromancien, Septimus R. Podgers va bouleverser sa vie. Ce dernier lit dans la paume de la main de Lord Arthur, un funèbre destin. C’est la mort qu’il a vue et pendant quelques pages on se dit que c’est celle de Lord Arthur qui va se terminer prématurément. Mais c’est bien pire… On apprend au chapitre suivant que Lord Arthur sera l’auteur d’un crime. Alors qu’il voulait se marier avec Sybil Merton, sa fiancée, il décide qu’il n’a pas le droit de le faire avant d’avoir commis ce meurtre. Alors plutôt que d’attendre que l’inévitable ne se produise, notre cher Lord va provoquer le destin et décider d’accomplir au plus vite le triste méfait pour pouvoir épouser au plus vite sa promise.

Je n’avais pas lu de résumé avant de commencer cette histoire, aussi quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’il ne s’agissait pas d’un polar mais plutôt d’une histoire drôle.

Lord Arthur Savile ne remet absolument pas en cause la prophétie du chiromancien, il est persuadé qu’il va commettre un meurtre. Et plutôt que de reprendre son destin en mains en ignorant cette prédiction, il décide de provoquer le destin en choisissant lui-même sa victime et la manière dont il va pouvoir la tuer sans que l’on puisse remonter sa piste.

Si Lord Arthur Savile nous semblait être un gentil Monsieur bien sous tous rapports, choqué par la révélation du chiromancien et soucieux de préserver la moralité et la situation de sa future épouse, il apparaît toutefois comme un homme, froid, dénué de tout sentiment sans aucun remord à l’idée d’ôter la vie à quelqu’un. Il ne se pose aucune question, son bonheur en dépend, il doit tuer quelqu’un parce que le chiromancien l’a lu dans les lignes de sa main. (exactement comme Phoebe dans Friends qui est persuadée qu’elle va mourir parce que sa voyante le lui a dit et qui décompte les jours jusqu’à sa fin annoncée qui se révèle être celle de sa voyante puisque c’est cette « malvoyante » qui est décédée au jour dit).

Cette histoire offre une intéressante réflexion sur les choix que l’on peut être amenés à faire. Si à notre époque une telle histoire ne pourrait pas de se produire (du moins je l’espère), à cette époque là les gens de la Noblesse étaient tellement habitués à suivre la voie toute tracée qui leur avait été assignée par leurs parents, par leur rang, par la société elle-même que jamais il ne leur serait venu à l’esprit qu’ils pouvaient agir comme bon leur semblait et aller à l’encontre de ce qu’on leur avait demandé de faire.

Que ce serait-il passé pour Lord Arthur Savile s’il avait choisi de ne pas croire en la prédiction ? aurait-il vécu toute sa vie avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ? Aurait-il vécu heureux sans jamais commettre de meurtre ? Le libre arbitre est la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme, qui affirment que la volonté serait déterminée dans chacun de ses actes par des « forces » qui l’y nécessitent. Si le chiromancien n’avait pas dit à Lord Arthur Savile qu’il allait commettre un meurtre, ce dernier serait-il tout de même devenu un meurtrier ? N’avait-il pas déjà en lui un fond de criminel que le chiromancien n’a fait qu’exacerber ? La décision de commettre le meurtre a été prise tellement facilement qu’on peut s’interroger sur la nature même de la personnalité de Lord Arthur Savile. Etait-il foncièrement aussi gentil qu’il le laissait penser à première vue ?

J’ai beaucoup aimé cette histoire et surtout la fin qui est machiavéliquement bien amenée et qui ne peut que faire sourire.

Lecture faite dans le cadre du programme de Coach Zola que je ne peux que vous recommander (cliquez ici)

ROMANCE

Ghost secrets – Lina Hope

Ghost secrets de Lina Hope paru le 30.10.2019 aux édtions BMR

Résumé :

Survivre. Tel est l’objectif de Kurt depuis l’accident qui a bouleversé sa vie à tout jamais.Oublier. Ne pas se confronter à la réalité ni à tous les soucis qui le font plonger, au risque de sombrer à nouveau. Ne surtout pas regarder en arrière.Kurt pensait avoir repris le contrôle sur son existence après la terrible épreuve qu’il a traversée.Jusqu’à sa rencontre avec une fille qui l’obsède immédiatement. Les souvenirs remontent alors à la surface, et la douleur le submerge.Kurt doit en savoir plus sur elle. La vérité lui permettra-t-il, enfin, de sortir la tête de l’eau ?

Mon avis :

Ghost secrets est un roman du genre romance dont le personnage principal est masculin.


« Le plus dur quand on perd une personne à laquelle on tient, c’est de continuer à vivre sans elle. Parfois on y arrive et parfois non. Certains jours sont plus difficiles que d’autres, il faut simplement s’accrocher de toutes ses forces et se dire que tout finira par aller mieux. Parce que oui, un jour ou l’autre on va mieux. Ça, c’est ce que tous les connards autour de vous passent leur temps à vous répéter. Mais c’est faux. On ne va jamais bien, putain. Parce que perdre quelqu’un, c’est la merde. On ne s’en remet jamais…»


On comprend tout de suite que Kurt a vécu un drame qui a bouleversé sa vie et qui a fait de lui de jeune homme taciturne, torturé, perpétuellement en colère et qui s’abrutie d’alcool. C’est le personnage clé de cette histoire, celui qui porte toute la thématique de cette romance et il m’a touchée dès les premières pages. Dès le début on s’attache à ce bad boy tatoué, on comprend pourquoi il boit autant et on compatit énormément à son chagrin. L’auteure a fait un travail énorme sur la psychologie de son personnage, sur tous les aspects et la complexité de ses sentiments.

La thématique du deuil, de la culpabilité, de la perte de l’être aimé et de la difficulté de survivre à une telle épreuve est extrêmement bien travaillée par l’auteure qui exploite le sujet en profondeur et de façon intelligente.


Comme c’est une romance, on se doute bien qu’il va y avoir une fille (c’est volontairement que je n’en parle pas pour ne pas risquer de vous enlever le mystère de la rencontre et des questions qui vont venir) et on imagine déjà la fin de cette histoire mais l’auteure arrive à pallier ce petit manque d’originalité induit par le genre par une intrigue très bien construite et dont tous les éléments sont bien amenés. Elle joue avec nos nerfs et arrive à instiller ce petit doute qui nous titille jusqu’à la fin et qui nous fait tourner les pages et dévorer cette histoire pour savoir si Kurt va enfin retrouver le goût de vivre.


Cette lecture fût une belle découverte de la plume de l’auteure et c’est avec plaisir que je lirai ses autres romans.

LITTERATURE CLASSIQUE

Comment je devins auteur dramatique et Mon odyssée à la Comédie-Française – Alexandre Dumas




Comment je devins auteur dramatique d’Alexandre Dumas paru le 20 décembre 1833, dans La Revue des Deux Mondes
Mon odyssée à la Comédie Française, d’Alexandre Dumas chapitre de ses Souvenirs dramatiques(1868), paru d’abord, en 1856, dans Paris et les Parisiens au XIXe siècle, moeurs, arts et monuments

Ces deux lectures sont très intéressantes sur le processus qui a amené Alexandre Dumas à être l’auteur qu’on connaît.

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Portrait d’Alexandre Dumas en 1855 par Nadar


Dans « Comment je devins auteur dramatique » paru le 20 décembre 1833, dans La Revue des Deux Mondes, on découvre comment ce provincial monté à Paris à 20 ans pour gagner sa vie va être amené à devenir auteur. Il nous raconte son travail dans l’Administration obtenu grâce aux relations militaires de son père, et la manière dont il a pu faire connaître sa plume et se lancer dans l’écriture de pièces de théâtre, les difficultés qu’il a rencontrées pour conjuguer son travail administratif et sa nouvelle vie d’écrivain.

Dans Mon odyssée à la Comédie Française, chapitre de ses Souvenirs dramatiques(1868), paru d’abord, en 1856, dans Paris et les Parisiens au XIXe siècle, moeurs, arts et monuments, c’est son combat pour faire jouer ses pièces qu’il nous raconte, tant contre le comité de lecture pour les faire accepter que contre les acteurs/trices pour leur faire jouer le rôle qu’il leur assignait.

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Bâtiment de la Comédie-Française au XVIIIe siècle

C’était très sympathique et intéressant à lire. On sent bien le côté très élitiste de la Comédie Française et le « pouvoir » dont disposent ses membres sur les pièces qui sont susceptibles d’être jouées chez eux.

Ces deux lectures assez éloignées de mon genre de lecture habituel fûrent plaisantes à lire par leur côté instructif. Je regrette seulement qu’il n’y ait eu aucune information sur son évolution ultérieure vers l’écriture des romans qui ont fait son succès.

Lecture faite dans le cadre du programme de Coach Zola que je ne peux que vous recommander (cliquez ici)