LITTERATURE CONTEMPORAINE

Cendrillon & moi, la belle-mère parle enfin – Danielle Teller

Cendrillon & moi, la belle-mère parle enfin de Danielle Teller paru chez Pocket le 16.07.2020 – 448 pages – traduction Audrey COUSSY

Résumé :

C’est la marâtre la plus détestée de l’Histoire, celle dont on parle pour faire peur aux enfants désobéissants. Mais qui sait que la belle-mère de Cendrillon s’appelle en réalité Agnès, qu’elle a passé sa jeunesse à trimer comme bonne à tout faire, qu’elle a dû se battre comme une lionne pour accéder à un monde qui n’est pas le sien, que son époux était alcoolique et que sa belle-fille, petite princesse aux petons si délicats, est en réalité fort capricieuse ?
Agnès n’en peut plus des sornettes autour des pantoufles, des princes charmants et des citrouilles. Elle est bien décidée à rétablir la vérité, quitte à égratigner quelque peu la version officielle…

Mon avis :

Je l’avais vu passer au moment de sa sortie, il m’avait intriguée, le résumé m’avait donné envie de lire cette histoire qui promettait des révélations savoureuses sur la vraie personnalité de cette Cendrillon. Quand je suis retombée dessus lors d’un passage en librairie, je n’ai pas résisté et je ne l’ai pas laissé dormir longtemps dans la PAL.

Présenté comme une réécriture de conte avec un titre très accrocheur, cette histoire n’est pourtant pas celle qu’elle prétend être. Ce n’est pas la face cachée des relations entre Cendrillon et sa marâtre de belle-mère, celle où la belle-mère balance sur la princesse adulée qu’on a toutes aimées dans notre jeunesse.

Cette histoire est bien plus belle que ça. C’est l’histoire d’Agnès qui, à 10 ans, doit quitter sa famille qui n’a pas les moyens de la nourrir pour aller gagner sa croûte comme domestique dans un manoir et qui, durant toute sa vie, devra se battre pour survivre et faire reconnaître sa valeur en tant que femme dans un monde où les hommes font la loi.

Dans une ambiance très Downton Abbey, on suit Agnès dans toutes les (mes)aventures qui vont la mettre à l’épreuve, elle est une jeune fille puis une femme battante qui n’aura de cesse de réussir à tirer le meilleur de la vie malgré les affronts qu’elle aura à subir.

Alors oui le fond du conte est bien présent mais en filigrane et si les principaux éléments que l’on connaissait de la vie de cette horrible marâtre sont bien retranscrits, le sentiment qui domine à l’égard d’Agnès relève beaucoup plus de l’empathie, de l’admiration et de l’émotion une fois refermée la dernière page de ce roman.

J’ai énormément aimé cette histoire, je me suis attachée à Agnès, j’ai aimé sa force de caractère et son intelligence pour mener sa barque dans ce monde où la condition féminine n’était pas joyeuse. Plus qu’un conte, c’est une véritable histoire de courage et de force d’une femme que la vie n’a pas épargnée.

Une très belle lecture, émouvante, le combat d’une femme pour vivre tout simplement la vie dont elle avait envie.

THRILLER

Torrents – Christian Carayon

Torrents de Christian Carayon paru chez Pocket le 8.10.2020 – 384 pages

Résumé :

1984. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l’incompréhension s’emparent des habitants, jusqu’à l’arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l’amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille.
Bouleversé par ces évènements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l’histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l’Occupation que Pierre Neyrat a tenté d’oublier.
Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence.

Mon avis :

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et c’est en flânant dans une librairie (quand c’était encore possible) que je suis tombée sur Torrents dont le résumé m’a laissé imaginer une histoire prenante. Il n’en a pas fallu plus pour faire attérir ce roman dans ma PAL.

C’est complètement mitigée que je suis sortie de ma lecture. Il m’a hantée toute une journée entière et au final j’étais incapable de donner un avis tranché au moment où j’ai publié mon avis, à chaud, sur instagram. Le temps faisant son œuvre, presque dix jours plus tard je sais comment me positionner sur cette lecture.

Ce roman comporte deux histoires qui s’imbriquent l’une dans l’autre sauf que l’une m’a passionnée quand la résolution de l’autre m’a semblée un peu trop facile.
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J’ai aimé la plume de l’auteur, la mise en place de l’intrigue, l’histoire qui coule tranquillement, les personnages attachants pour certains, plus troubles pour d’autres, la construction aux narrateurs multiples. La quête de François sur le passé de son père avec qui il entretient des relations plutôt distantes m’a énormément plu. Ce qu’on découvre, en même temps que lui, sur ce père assez froid et distant donne un autre éclairage sur cet homme et il faudra attendre les toutes dernières pages pour le connaître vraiment.

Et c’est la fin qui ne m’a pas plu. Alors pas la vraie fin des dernières pages, celle qui s’annonce quelques pages auparavant. Et même si je comprends le parti pris de l’auteur et le sens qu’il a voulu donner à son roman, il y a quand même quelques détails qui m’ont agacée et qui ont terni la la belle lecture que ce roman a été dans les 300 premières pages.

Ce fût donc une lecture en demi-teinte pour moi.

VIDEOS

Celle qui se lance dans les vidéos livresques

Ca faisait un moment que j’y pensais et j’ai finalement sauté le pas en tournant ma première vidéo. J’ai choisi de faire le TAG ma PAL et moi de Séverine de la chaîne Il est bien ce livre. Plus facile à faire que de se lancer tout de suite dans un point lecture, c’est aussi une façon de mieux me connaître.

Initialement publiée sur Instagram où je suis le plus active, j’ai décidé de la mettre aussi sur Youtube. J’espère que cette première vidéo vous plaira.

Bon visionnage !!

LITTERATURE CONTEMPORAINE

L’aveuglement – José Saramago

L’aveuglement de José Saramago paru chez Points en 1995 – 384 pages – traduit par Geneviève Leibrich

Résumé :

Un homme devient soudain aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse. » Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité ?

Mon avis :

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et c’est complètement par hasard que je suis tombée sur ce roman dans une boîte à lire. La lecture du résumé m’avait plu et convaincu de tenter l’aventure.

Mais il y a parfois un décalage entre la lecture qu’on avait imaginée à la lecture du résumé et la réalité de ce qu’on lit et c’est malheureusement ce qui s’est passé pour moi avec L’aveuglement.

Un homme tranquillement assis dans sa voiture, attendant que le feu passe au vert, devient subitement aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à toute vitesse et le gouvernement décide de confiner les aveugles dans un ancien hôpital psychiatrique, entassés dans des dortoirs.

Tout avait bien commencé. Même s’il m’a fallu m’habituer à la construction en pavé compact avec des dialogues intégrés dans le texte signalés par des majuscules après des virgules qui rendaient cette lecture peu fluide et pas forcément agréable à lire, j’ai réussi à passer outre et j’ai apprécié la mise en place de l’histoire.

Toute la première moitié est très intéressante. On vit avec le petit groupe d’aveugles constitué du premier contaminé, de sa femme qui voit mais qui a menti pour ne pas être séparée de lui et ceux qui ont été en contact avec lui et se retrouvent aveugles à leur tour. Tout est bien amené, on voit bien la chaîne de contamination et ce qu’ils vivent dans ces dortoirs est absolument horrible. On y voit des humains qui restent des humains et montrent toute la cruauté, l’égoïsme dont ils sont capables même dans une telle situation. C’était angoissant, oppressant, un huis-clos hyper tendu où l’horreur régnait à tous les instants. Et c’était bien.
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Mais voilà, ça n’a pas duré…sur la quatrième de couverture, on annonçait mille aventures de ces personnages livrés à eux-mêmes dans la ville, des hordes d’aveugles qui devront faire face à ce qui en l’homme est le plus primitif : la volonté de survivre à n’importe quel prix…du coup j’attendais avec impatience la partie sur la ville….et là ça a été la déconvenue la plus totale. Un calme plat qui n’a fait que descendre en flèche mon intérêt jusqu’à l’ennui total sur les dernières pages que j’ai lues en diagonale tellement j’en avais marre. Et la fin 😩

Je comprends quel était le but de l’auteur en nous racontant cette histoire. Télérama l’a d’ailleurs bien décrit :

 » José Saramago nous raconte qu’il faut parfois devenir aveugle pour réussir à voir la face cachée et essentielle des choses. Un beau livre plein d’espoir. « 

Mais c’est un élément que je n’avais pas en lisant la quatrième de couverture de mon exemplaire et du coup, certainement « polluée » par des films tels que Je suis une légende, World War Z, je suis passée complètement à côté de la seconde moitié de ce roman dont je m’étais fait un autre scénario dans ma tête.

Cette lecture fût donc une demi-réussite mais je vous le conseille quand même ne serait-ce que pour la première moitié qui est très édifiante sur le comportement humain.

COUP DE COEUR·HISTORIQUE

Une soif de livres et de liberté – Janet Skeslien Charles

Une soif de livres et de liberté de Janet Skeslien Charles paru chez JC Lattes le 7.10.2020 – 448 pages – traduction Freddy Michalski

Résumé :

Odile Souchet, vingt ans à peine, s’épanouit dans son travail à la Bibliothèque américaine de Paris, où elle côtoie la fameuse directrice Dorothy Reeder. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la jeune femme risque de tout perdre, y compris sa chère Bibliothèque. Alors que les nazis envahissent Paris, Odile et ses amis s’engagent dans la Résistance avec leurs propres armes : les livres.

Mon avis :

Les romans sur la Seconde Guerre Mondiale finissent toujours entre mes mains tant j’adore lire sur cette période depuis mon adolescence et la découverte du roman Au nom de tous les miens de Martin Gray. Pourquoi? parce que ces lectures sont (presque) toujours des lectures très fortes en émotions, passionnantes et révélatrices du meilleur comme du pire de la nature humaine. J’en ai lu beaucoup et je peux déjà vous dire qu’Une soif de livres et de liberté restera dans mes souvenirs comme un des meilleurs que j’ai lus.

Dans ce roman, l’auteure nous offre une magnifique histoire portée par une plume toute aussi magnifique.
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Dans les années 40, Odile Souchet est une jeune femme passionnée de lecture dont le rêve s’est réalisé quand elle a intégré la Bibliothèque américaine de Paris où elle côtoie des hommes et des femmes de tous horizons mais avec un point commun : la passion des livres et du partage.
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Dans les années 80, à Froid dans le Montana, Lily est une jeune fille de 12 ans qui cherche à percer le mystère de sa voisine, Mrs Gustafson, une femme solitaire, que les gens appellent la mariée de guerre et dont le courrier arrive dans des enveloppes au nom de Madame Odile Gustafson.
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Alternant entre les deux époques, l’auteur nous embarque complètement dans cette histoire poignante, captivante de ces passionnés de lecture qui ont assuré quoiqu’il leur en coûte, le maintien de la diffusion des livres de la bibliothèque aux abonnés.
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Le contexte historique est bien décrit, on est vraiment plongés au cœur de cette période, on sent bien l’ambiance, l’angoisse, les tensions. C’est vraiment intéressant de voir comment cette guerre a impacté différentes personnes. Ici il n’est pas question de vie dans les camps mais c’est tout aussi impressionnant et émouvant de voir comment les gens ont vécu cette période et les choix parfois très courageux qu’ils ont faits.
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Les petites pauses avec la vie de Lily sont plus douces même si cette partie est toute aussi émouvante avec l’apprentissage du deuil, de la reconstruction, de l’amitié pour une toute jeune fille. Les relations qui se nouent entre cette jeune fille et Odile m’ont touchée. J’ai apprécié de voir Odile, si froide et quelque peu distante au départ, émerger de sa carapace au fur et à mesure de ses échanges avec Lily.
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J’ai tout aimé dans ce roman qui m’a transportée, les passages au début sur les partages livresques entre les bibliothécaires a fait grimper ma wish list parce qu’il y est question de véritables romans. On est vraiment au tout début de l’année 1939, personne ne peut encore imaginer ce qui va se passer. Odile est une jeune fille qui en veut. Contrairement à ce qui est attendu d’elle à cette époque elle veut travailler, avoir son indépendance et son intégration à la fameuse Bibliothèque américaine de Paris lui apportera tout ce dont elle a toujours rêvé. Cette partie est un pur bonheur quand on est amoureux des livres car les échanges entre les personnages nous parlent, on lit ce qu’on a forcément pensé, vécu en lisant.

Je m’en suis gorgée comme si c’était de l’amour ou des gâteaux au chocolat. Je m’étais attachée si profondément aux personnages qu’ils en étaient devenus réels. J’avais le sentiment de connaître Janie au point qu’un jour, peut être elle entrerait à la Bibliothèque et m’inviterait à prendre un café

On vit avec les différents personnages de la Bibliothèque l’évolution de la situation, les différentes annonces, les craintes qui apparaissent et quand la situation s’assombrit vraiment avec l’arrivée des nazis, le rythme et la tension qui s’intensifient, lâcher ce roman devient impossible. On tourne les pages encore et encore pour savoir comment notre petite bibliothécaire française s’est retrouvée dans le fin fond du Montana.
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Odile explique à un moment à Bitsi à propos de son auteur préféré (Zora Neale Hurston) :

j’avais savouré les chapitres l’un après l’autre, engloutissant les mots tant je tenais à savoir ce qui arriverait ensuite (…) Puis, confrontée soudain à la poignée de pages qui me restait à lire, j’avais été prise de panique à la pensée que cet univers que j’aimais tant allait prendre fin alors que je n’étais pas prête à lui dire adieu. Alors j’ai décidé de lire lentement, pour jouir de chaque scène.

Moi je n’ai pas pu me freiner, j’ai avalé les mots et les pages pour savoir. C’est un livre à lire absolument, une pépite livresque dont je vous recommande vivement la lecture.

THRILLER

Avec tes yeux – Sire Cedric

Avec tes yeux de Sire Cedric paru chez Pocket le 9.03.2017 – 640 pages

Résumé :

Depuis quelque temps, Thomas n’arrive plus à dormir. D’épouvantables rêves le réveillent en sursaut et l’empêchent de se rendormir. Et si ce n’était que ça ! Après une séance d’hypnose destinée à régler ses problèmes d’insomnie, il devient la proie d’étranges visions. Par les yeux d’un autre, il se voit torturant une jeune femme… Persuadé qu’un meurtre est effectivement en train de se produire, il part à la recherche de la victime. Le cauchemar de Thomas ne fait que commencer.

Mon avis :

Je n’avais jamais lu Sire Cedric alors que je n’entend que des avis positifs sur ses romans. J’ai donc décidé de me lancer et c’est Avec tes yeux que j’ai choisi pour commencer ma découverte de cet auteur quand je suis tombée dessus dans une bouquinerie. Et si cette lecture ne fût pas un coup de coeur, elle fût quand même une belle expérience livresque.

Avec tes yeux est un thriller avec une pointe de surnaturel, un page turner qui vous attrape par les yeux dès les premières pages et qui se dévore d’une traite.

L’intrigue est extrêmement bien construite, haletante, enchaînant à bon rythme les péripéties, rebondissements et indices qui doivent permettre à Thomas et Nathalie d’obtenir les réponses qu’ils cherchent. On est pris dedans complètement et on ne peut pas le quitter des yeux avant la fin.

Les personnages sont bien travaillés, surtout Nathalie qui m’a beaucoup touchée. Son combat quotidien pour s’affirmer, combattre ses démons, affronter le regard des autres et prouver qu’elle a sa place dans son milieu professionnel m’ont beaucoup plu. Thomas n’est pas en reste non plus même si finalement on ne sait pas grand chose de lui, les cauchemars qu’il subit sont tellement horribles qu’on ne peut que compatir à sa souffrance.

C’était ma première découverte de la plume de l’auteur, j’ai bien aimé, je l’ai terminé en très peu de temps mais il me laisse quand même une petite pointe de perplexité sur la fin. J’ai aimé cette fin mais pas la manière dont elle a été amenée. Trop abrupte, rapide et manquant un peu de crédibilité.

Mais mise à part cette petite poussière gênante dans l’œil en fin de roman, j’ai beaucoup aimé cette lecture dynamique et prenante. Je relirai cet auteur c’est sûr.

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PS : d’ailleurs si vous qui passez par là en avez à me recommander, je suis preneuse de vos suggestions 😉

THRILLER

Enfermé.e – Jacques Saussey

Enfermé.e de Jacqies Saussey paru chez French pulp le 11.10.2018 – 383 pages

Résumé :

Les premiers papillons ont éclos derrière ses paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l’océan, jaunes et violets contre le ciel d’azur.
Elle était allongée au soleil, l’herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd’hui, l’astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l’odeur était celle d’une marée putride qui se retire. Les papillons s’éloignaient de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l’air lui manquait. Lui manquait… Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d’un seul coup à la surface. Les papillons ont disparu, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges…

Mon avis :

Jacques Saussey est un auteur que je n’avais jamais lu. Quand son roman Enfermé.e est sorti, certains de ses lecteurs ont publié des avis plutôt négatifs. Il semblait que ce roman ne soit pas à l’image de tous ceux qu’il avait publiés avant. C’est donc par celui-ci que j’ai décidé de commencer pour découvrir cet auteur. Et ce fût pour moi une très belle découverte.

Enfermé.e c’est l’histoire de Virginie, « mi-homme mi-femme, plus tout à fait l’un et pas encore complètement l’autre, coincé(e) entre deux univers qui sont normalement bien distincts et bien identifiables« , une histoire violente émotionnellement mais tellement émouvante.
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Aujourd’hui infirmière dans un centre pour personnes âgées après avoir passé de longues années en prison, Virginie a eu une vie des plus difficiles. De son enfance à maintenant, en alternant les deux époques, l’auteur nous déroule le fil de sa vie et mon dieu quelle émotion!!! Tout ce qu’elle a dû subir est vraiment terrible. Certaines scènes sont parfois à la limite du supportable.
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J’ai énormément aimé cette lecture, violente, sombre, sur un sujet difficile. J’ai aimé découvrir la personnalité de Virginie, son évolution de son enfance à aujourd’hui, j’ai souffert avec elle. Le sujet de la transidentité est original et l’auteur en parle très bien. On arrive parfaitement à ressentir la douleur de ces personnes dont le corps physique ne ressemble pas à ce qu’elle sont profondément.

« Si je ne peux pas être qui je suis, je préfère être morte plutôt qu’être emprisonnée dans un corps qui n’est pas le mien. »

J’ai aussi aimé la réflexion sous jacente sur le sort des personnes âgées qui finissent leur vie dans des établissements spécialisés, parfois abandonnées par leur famille et dont les seules interactions sociales sont celles qui se font avec le personnel. La relation qui se noue entre Virginie et Marie en est une illustration parfaite.

Et si au final l’intrigue cachée derrière cette histoire se révèle un peu trop tardivement à mon goût, elle pimente la fin de cette lecture qui m’a emportée, qui m’a touchée et dont je retiendrai plus le côté psychologique et émotionnel que l’intrigue.
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Bref, j’ai aimé cette lecture et je récidiverai avec cet auteur.

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Graveney Hall – Linda Newberry

Graveney Hall de Linda Newberry paru chez Phébus le 14.02.2013 et au Livre de poche le 29.01.2014 – 304 pages – traduction de Joseph Antoine

Résumé :

Quand Greg, un adolescent féru de photographie, découvre les ruines de l’ancienne demeure de Graveney Hall, il sait tout de suite qu’il tient un beau sujet. Épaulé par Faith, la fille d’un bénévole restaurant la propriété, il va tenter de percer le secret de cette mystérieuse bâtisse et de son dernier habitant, Edmund Pearson, disparu dans d’étonnantes circonstances pendant la Première Guerre mondiale. Une enquête qui va révéler bien plus de choses sur lui-même qu’il n’aurait pu l’imaginer.

Mon avis :

Graveney Hall dormait dans ma PAL depuis 2014, plusieurs fois je l’ai pris, en ai relu le résumé et puis l’ai reposé pour lui préférer un plus récent. Et puis dernièrement, une envie plus forte de sortir les vieux de ma PAL m’a fait lui donner sa chance…et mon Dieu qu’est-ce que j’ai bien fait !!!! Cette lecture est une pépite💕💕💕💕💕
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La plume de l’auteure est sublime. Douce, poétique, travaillée mais fluide et très agréable à lire, elle donne une profondeur à l’histoire, une histoire émouvante, bouleversante, forte et tellement riche.
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On suit deux jeunes garçons à deux époques bien différentes. Edmund en 1917, pendant la première guerre mondiale, dans une société anglaise très puritaine, qui a mystérieusement disparu pendant l’incendie de la propriété familiale, Graveney Hall, aujourd’hui une ruine en cours de rénovation où évolue Greg, un tout aussi jeune adolescent féru de photographie qui va chercher à comprendre, avec Faith, une jeune fille très croyante, qui était Edmund et à percer le mystère de cette disparition.

Des commentaires sur Livraddict avaient un peu refroidi l’enthousiasme de la non-croyante que je suis, mais cette lecture m’a emportée complètement. L’équilibre entre les deux époques est parfaitement maitrisé, on prend plaisir à lire chacune d’elles et à suivre nos deux jeunes hommes dans leurs vies d’adolescent en recherche de qui ils sont

C’est vrai il n’était pas tout à fait lui-même : ce lui-même qu’elle connaissait. Mais peut-être commençait-il à devenir lui-même justement: le vrai lui-même.

Il y est question d’amour, pur, celui qui a un sens, « trop important pour être galvaudé » et quelque soit l’autre.

« J’ai un rêve – un fantasmé. Passer une nuit dehors, au bord de la mer, avec quelqu’un d’autre. Une nuit chaude, paisible, sous un ciel vraiment clair. On resterait couchés là à regarder les étoiles, à écouter les vagues, puis ce serait l’aube et on irait dans l’eau, nager. Ce serait assez parfait pour durer toute ma vie. Les étoiles, l’obscurité, l’espace, le sable, les vagues, l’eau, la lumière« .

Les questionnements sur Dieu jalonnent cette histoire, tant avec Edmund qu’avec Greg et c’est bouleversant.

« On ne sait pas pourquoi les choses arrivent, alors on invente un Dieu omniscient qui sait, et comme pour toi il faut que ce soit un dieu bon, il doit exister une bonne raison à tout évènement, si affreux soit-il »… »Si tu Lui ouvres ton cœur, Il te montrera Son amour et Sa vérité. Ca ne peut pas se produire autrement. Ca ne passe pas par la raison ni par la logique ni par l’argumentation ».

Il n’y a que de belles phrases et de belles réflexions qui inspirent et font réfléchir.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’être. Nous voulons plus que ce qui nous est imparti ; nous voulons des voitures, des cinémas, des piscines, des vacances sur le continent et ce n’est pas tout, nous considérons comme acquis le fait d’y avoir droit. Si on pouvait se contenter d’être, de vivre de ce que la terre a les moyens de nous donner au lieu de prendre et de prendre encore, les forets tropicales pousseraient et l’atmosphère serait propre et la terre trouverait son propre équilibre.


Je n’ai jamais autant noté de phrases qui me touchaient dans une lecture. Celle-ci a été d’un bout à l’autre un pur moment de bonheur livresque tant j’ai apprécié la plume de l’auteure mise au service d’une histoire magnifique, d’une profondeur immense qui m’a envoûtée.

Un énorme COUP AU COEUR dont je vous recommande vivement la lecture

HISTORIQUE

Les naufragés de la discorde – Jock Serong

Les naufragés de la discorde de Jock Serong paru chez 10/18 le 15.10.2020 – 368 pages – traduction Isabelle CHAPMAN

Résumé :

1797 Sur une plage près de la colonie de Sydney, un bateau de pêche prend à son bord trois naufragés hagards et gravement blessés. Ils ont marché sur des centaines de kilomètres dans un pays dont les coutumes et le peuple leur sont totalement inconnus. En chemin, ils ont perdu quatorze membres de l’équipage. Et surtout, leur récit de la catastrophe diverge…
C’est au lieutenant Joshua Grayling que revient la tâche d’enquêter sur leur histoire. Il finit par comprendre que ces quatorze morts ont été orchestrées par un seul et même esprit calculateur et tandis que le périple des marins se révèle dans toute son horreur, il s’interroge : et si l’impitoyable tueur représentait une menace pour sa propre famille ?

Mon avis :

Attirée par la beauté de la couverture et le résumé assez alléchant, je me suis lancée dans Les naufragés de la discorde. Et ce fût une formidable aventure qui révèle combien les hommes peuvent être parfois monstrueux les uns envers les autres.
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Basé sur un réel naufrage qui s’est passé en 1797, près de Sydney tout juste colonisée, l’auteur nous offre une histoire passionnante, sombre et violente.
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Avec une écriture fluide très agréable à lire, de belles descriptions, on se retrouve plongé au cœur d’une intrigue à la construction particulière, originale, nous forçant à une gymnastique de l’esprit assez sympathique. Nous, lecteurs, savons plus de choses que le lieutenant Grayling, chargé d’enquêter et de découvrir ce qu’il s’est réellement passé pour que les trois naufragés soient les seuls à revenir de ce périple au cœur du bush australien. Arrivera-t-il à démêler les nœuds de cette histoire?

Alternant des chapitres sur l’enquête de Joshua Grayling et des chapitres où un des rescapés raconte, laissant au lecteur le soin de deviner qui il est, l’auteur déroule son histoire qui devient de plus en plus prenante au fil des pages et révèle toute l’horreur dont les hommes sont capables.

J’ai beaucoup aimé cette histoire et même si la fin m’a un peu laissée sur ma faim, ce fût en tous cas une belle découverte de la plume de l’auteur et une bonne lecture.

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Les affligés – Chris Womersley

Les affligés de Chris Womersley paru chez Albin Michel le 2 mai 2012 – 336 pages – traduction Valérie Malfoy

Résumé :

Australie, 1919. Alors que la Grande Guerre est enfin terminée, une épidémie de grippe espagnole ravage le pays. Dans une atmosphère de fin du monde, des hommes en armes bloquent les routes et parcourent les campagnes pour imposer la quarantaine.
Quinn Walker, un soldat démobilisé et hanté par ce qu’il a vécu, retrouve la petite ville de Flint en Nouvelle- Galles du Sud, qu’il avait quittée dix ans plus tôt, après avoir été accusé à tort d’un crime effroyable. Persuadé que son père et son oncle le pendront s’ils le trouvent, Quinn décide de se cacher dans les collines avoisinantes. Il y rencontre une gamine mystérieuse, qui l’encourage à réclamer justice et semble en savoir plus qu’elle ne le devrait sur son supposé crime…

Mon avis :

Les affligés était dans ma PAL depuis sa sortie et il attendait patiemment que je me décide à le lire. Et je peux vous dire que je regrette de l’avoir laissé patienter aussi longtemps.

Roman sombre et lumineux où il est question d’amour, de rédemption, de regret et de vengeance, Les Affligés est un livre fort, qui nous parle aussi des souffrances qu’impose la guerre tant à ceux qui partent au front, qu’à ceux restés derrière pour toujours.

« Un roman extraordinaire, fort, émouvant et superbement écrit, qui reste longtemps présent dans l’esprit du lecteur. » Notebook Magazine

Voilà ce qu’on nous dit sur la quatrième de couverture à la suite du résumé. Et si parfois je trouve ces phrases d’accroche quelque peu exagérées, ici il n’en est rien. C’est exactement ce que j’ai ressenti en le lisant. Je l’ai dévoré en deux jours et j’ai adoré.

Quinn s’est enfui loin de chez lui quand il a été vu, plein de sang, tenant dans ses mains le couteau qui avait tué sa petite sœur. En 1919, après avoir fait la guerre il revient chez lui, dans son village ravagé par la grippe espagnole, avec toujours la peur au ventre, effrayé à l’idée d’affronter son passé. Sa rencontre avec Sadie, une petite fille qui erre dans les collines où il se cache, va bouleverser sa vie.

C’est émouvant, fort, passionnant. Les deux personnages sont hyper attachants et les sentiments profonds.

Quin est encore une jeune homme mais abîmé moralement par la guerre.

« s’il fermait les yeux pour ne plus voir les cadavres ensanglantés et les arbres déchiquetés, il entendait encore les armes et les hurlements s’il se bouchait les oreilles, il sentait encore la terre trembler ; l’odeur du gaz imprégnait ses narines ; tout ce qu’il touchait était humide ou sanglant. Même dans son sommeil, il rêvait d’éclairs, de vêtements déchirés, de grommellements. Cela n’en finissait pas. »

Comment ne pas s’attacher à ce jeune homme qui a dû fuir alors qu’il se savait innocent ? Qui a tout perdu…sa soeur, sa confidente, celle avec qui il entretenait des liens très forts et par la même occasion ses parents qui le croient coupables. C’est impossible de rester indifférent.

Et le personnage de Sadie n’est pas en reste non plus. Très mystérieuse, cette petite fille qui apparaît dans la vie de Quin, intrigue, questionne. On ne sait pas quoi penser. Est-elle réelle ou est-elle une émanation de l’esprit torturé de Quinn?

C’est un roman qui traite de la guerre, de ses conséquences sur ceux qui l’ont faite mais aussi sur ceux qui sont restés au pays. Quinn, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis se retrouve face à lui même, sous la menace constante de se faire prendre, arrivera-t-il à se remettre et à reprendre sa vie en main?

C’est magnifiquement écrit, c’est palpitant, il est impossible de le lâcher avant la fin.

Bref, une très belle lecture qui restera longtemps dans mes souvenirs