LITTERATURE CONTEMPORAINE

La constellation du chien – Peter Heller

La constellation du chien de Peter Heller paru chez Actes Sud en mai 2013 – 336 pages – traduction Céline LEROY

Résumé :

Quelque part dans le Colorado, neuf ans après la Fin de Toute Chose, dans le sillage du désastre. L’art de survivre est devenu un sport extrême, un jeu de massacre. Soumis aux circonstances hostiles, Hig, doux rêveur tendance chasse, pêche et poésie chinoise, fait équipe avec Bangley, vieux cow-boy chatouilleux de la gâchette. Une routine de l’enfer.

Bangley défend la baraque comme un camp retranché. Hig “sécurise le périmètre”, à coups de méthodiques vols de surveillance à bord de “la Bête”, solide petit Cessna 182 de 1956 toujours opérationnel. Partage des compétences et respect mutuel acquis à force de se sauver mutuellement la vie, ils ont fini par constituer un vieux couple tout en virilité bourrue et interdépendance pudique. Mais l’homme est ainsi fait que, tant qu’il est en vie, il continue à chercher plus loin, à vouloir connaître la suite.

À la fois captivant roman d’aventures, grand huit des émotions humaines, hymne à la douloureuse beauté de la nature et pure révélation littéraire, La Constellation du Chien est tour à tour contemplatif et haletant, déchirant et hilarant. Peter Heller orchestre son premier roman comme une virée de la dernière chance pleine de surprises, une réflexion sur la création autant que sur la destruction. Lumineuse et rocailleuse, son écriture semble réapprivoiser le monde à travers la reconquête du langage – comme si pour se sauver, l’humain devait avant tout recouvrer l’art de (se) raconter.

Mon avis :

La constellation du chien est un roman que j’avais choisi, en 2014, quand j’avais gagné le concours Myboox qui me permettait de choisir 4 romans par mois pendant un an ( c’est à ce moment là que ma PAL a morflé sévèrement), sur les bons conseils de ma copine Virginie qui tient le blog Fragments de lectures. Je suis contente de l’avoir sorti de ma PAL parce qu’il y était depuis trop longtemps mais cette lecture a été une déception et ne m’a pas embarquée comme je l’aurai souhaité.
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On se trouve en plein Colorado après qu’une épidémie de grippe doublée d’une mystérieuse maladie du sang ait décimé la population. On suit Hig un homme qui survit dans un aéroport déserté et qui fait des rondes à bord d’un petit avion avec son chien. Il a aussi un autre compagnon, Bangley qui l’aide dans ses voyages.
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C’est très contemplatif, il ne se passe malheureusement pas grand chose et je me suis ennuyée pendant les 3/4 de ma lecture. Je m’attendais à quelque chose de plus rythmé avec une réflexion sur la nature humaine qui veut toujours être la plus forte dans toutes les situations. J’attendais des affrontements avec d’autres survivants et s’il y en a quelques uns, cela est resté très succinct. On est plus dans l’introspection du personnage principal, ses partie de chasse et de pêche et ça devient vite redondant et lassant. Les dernières 70 pages sont plus rythmées et intéressantes mais arrivées trop tardivement pour rattraper les 280 premières pages.
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Je n’ai pas adhéré non plus à l’écriture que j’ai trouvé trop hachée, avec des phrases bizarrement construites, et je crois que c’est cette façon de raconter qui a finalement empêché cette histoire de prendre pour moi. Je suis restée complètement extérieure à cette lecture, impossible de me faire le film dans ma tête. Je n’ai ressenti aucune émotion et ai lu les mots sans vraiment m’imprégner de l’histoire dont je ne garderai aucun souvenir d’ici quelques temps. Cette lecture m’a fait penser à La route de Cormac McCarthy que je n’avais pas aimé non plus.
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Un flop pour moi, le premier de l’année.
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Si vous l’avez lu et aimé n’hésitez pas à venir en discuter avec moi, je serai curieuse de voir ce que j’ai pu rater dans cette histoire.

POLARS/THRILLERS

Fantazmë – Niko Tackian

Fantazmë de Niko Tackian paru chez Calmann-Levy le 3.01.2018 – 300 pages – disponible chez Le livre de poche depuis le 2.01.2019

Résumé :

Janvier 2017. Dans une cave du XVIIIe arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’affaire qui restera en suspens des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre. Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Mon avis :

J’avais découvert il y a quelques temps Niko Tackian avec son roman Toxique, le premier roman où apparaît le commandant Tomar Khan et cette lecture n’avait pas été transcendante, j’avais trouvé la résolution de l’intrigue trop rapide et la découverte du coupable plus basée sur un coup de chance qu’une véritable investigation. Je n’avais plu relu cet auteur depuis. Mais à force de vois passer des avis positifs sur ses romans postérieurs, j’ai eu envie de retenter l’aventure. j’ai donc emprunté Fantazmë à la bibliothèque. Il s’agit du second tome de la série avec le commandant Tomar Khan et il est préférable de les lire dans l’ordre car le fil rouge de la situation personnelle du policier est très présent, voire prépondérant par rapport à l’intrigue policière. Cette seconde tentative est plus réussie que la première même si je reste un peu sur la réserve à cause du déséquilibre entre vie personnelle du personnage principal et intrigue policière.

Fantazmë est un polar rythmé qui se lit vite grâce à des chapitres ultra courts et qui plonge le lecteur dans les bas-fonds de la mafia albanaise à Paris. Un cadavre affreusement mutilé dans une cave mène Tomar Khan et son équipe sur la piste de Fantazmë, le « spectre » en albanais, un mystérieux tueur dont les victimes sont plus proches des démons que des anges. Trafic de femmes, prostitution, guerre des gangs et crise des migrants, ce second tome est beaucoup plus sombre que le précédent, également parce que la situation personnelle de Tomar est loin d’aller en s’arrangeant. Hallucinations et emmerdements rythment son quotidien avec l’apparition d’un inspecteur de l’IGPN chargé d’enquêter sur ce qui s’est passé dans « Toxique » le précédent tome.
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J’ai préféré ce roman au précédent, l’intrigue étant plus aboutie et prenante que dans Toxique. Le personnage de Tomar est plus attachant, surtout avec l’apparition de sa mère. Le personnage de Rhonda est aussi mis plus en avant, elle n’est pas simplement là pour incarner la femme flic, elle participe activement à l’intrigue et c’est appréciable.
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Le seul petit bémol que je soulèverai c’est que l’équilibre entre l’intrigue policière et celle propre à Tomar et son histoire n’est pas forcément là ; la première m’a semblé accessoire, laissant la seconde prédominer et j’ai eu plus l’impression de lire un tome 2 de la saga Tomar Khan que l’histoire de Fantazmë.
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Je lirai les tomes suivants parce que j’aime beaucoup la personnalité de ce flic particulier et de sa coéquipière et que j’ai envie de savoir ce qui va leur arriver surtout après la façon dont celui-ci se termine mais avec l’attente tout de même d’une intrigue policière principale de qualité.

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Les bordes – Aurélie Jeannin

Les bordes d’Aurélie Jeannin paru aux éditions Harper Collins France le 13.01.2020 – 218 pages

Résumé

Les Bordes, c’est un lieu et c’est une famille. En l’occurrence, sa belle-famille qui ne l’aime pas. Elle, Brune, le bouclier. Mère responsable, tenant solidement sur ses deux jambes, un oeil toujours fixé sur le rétroviseur ou l’entrebâillement de la porte, qui guette, anticipe, tente de maîtriser les risques.

Ce week-end, comme chaque année en juin, elle prend la route avec ses deux enfants pour rejoindre Les Bordes et honorer un rituel familial.
Pour celle qui craint chaque seconde l’accident domestique, Les Bordes ressemblent à l’enfer. Trop de jeux extérieurs, trop de recoins, de folles libertés. Trop de silence et de méchancetés à peine contenues. Trop de souvenirs.

Aux Bordes, Brune saura-t-elle esquiver le pire ? Est-il possible pour une mère de protéger ses enfants ?

Mon avis :

Aurélie Jeannin a fait une entrée très remarquée dans la sphère littéraire avec son premier roman Préférer l’hiver que je n’ai pas – encore – lu mais dont je n’ai lu que des avis dithyrambiques. Quand Babelio m’a proposé la découverte de son nouveau roman Les Bordes dans le cadre d’une opération spéciale Masse critique je me suis dit que c’était l’occasion de découvrir la plume de cette autrice. Et quelle découverte !!! Cette lecture a été un ENORMISSIME COUP DE COEUR.

On a toutes en nous quelque chose de Brune.

Brune est Juge d’instruction, son métier consiste à « chercher sans relâche à ce que soient découverts, désignés et condamnés des coupables pour les drames. Mais les accidents n’ont pas de bourreaux à faire monter sur l’échafaud » (…) « les drames peuvent survenir à tout moment. Nul n’est à l’abri, jamais. Nul ne peut compter sur le fait que les tragédies se construisent tranquillement, ont des fondements qui les nourrissent jusqu’à leur éclosion. Il est impossible de se préparer. Le pire n’a besoin de rien d’autre que d’advenir. »
Brune est également mère de deux enfants, Hilde, 8 ans et Garnier, 4 ans. « Elle voulait qu’ils sachent ce qu’il faut faire, qu’ils ne redoutent pas ce qu’ils ignorent. Elle voulait leur apprendre à être imaginatifs, confiants, volontaires. Elle voulait leur transmettre de quoi se débrouiller. Les tutorer sans craindre de les lâcher. Elle voulait être une mère formidable, présente et fantomatique. Là quand il faut. Elle pouvait. Peut-être qu’elle pouvait. C’était sa mission après tout. Une grande, une très grande responsabilité…. La meilleure. Légère, patiente, pédagogue. »
Quand on devient maman, on en prend pour perpétuité… « Même quand ils n’étaient pas là, ils étaient là. Ses enfants étaient nés pour toujours. Ils existaient. Elle ne pourrait plus jamais les soustraire à sa vie ». On rêve toutes d’être la mère « parfaite », de ne jamais faillir dans notre mission. On a porté nos enfants pendant 9 mois mais on les porte en fait toute notre vie, ils occupent nos pensées, on s’inquiète, on a envie qu’ils soient heureux, qu’ils réussissent dans leur vie et qu’au grand jamais il ne leur arrive malheur.

L’autrice nous plonge dans la tête de Brune, dans ses pensées les plus intimes parfois effrayantes. Brune est un condensé de toutes les mères, elle exprime toutes les pensées, même les plus tabous, qui peuvent venir à l’esprit des mamans. On sent bien que Brune est en équilibre précaire sur un fil, comme un funambule, tentant de tout mener à bien, tant sa vie professionnelle que sa vie familiale, assaillie de sombres pensées qui nous font flipper sur ce qui pourrait se passer. On ressent bien que ce weekend aux Bordes va être une épreuve à l’issue incertaine. Entre la haine palpable de ses beaux-parents, l’insolence de sa fille et la passivité du mari, on tremble pour la suite.

La tension qui se distille progressivement est angoissante mais tellement addictive qu’il est impossible de fermer ce roman. On savoure les mots, les phrases courtes qui percutent, sans aucun répit, on s’en prend plein la tête mais qu’est-ce que c’était bon.

L’autrice m’a capturée avec sa plume si belle, son style percutant, fort, je me suis retrouvée dans Brune, certaines de ses pensées faisant écho aux miennes, certaines de ses angoisses étant mes angoisses, je l’ai aimée dès les premières pages et l’accompagner pendant ce weekend dans sa belle-famille a été un pur moment de bonheur livresque. Les émotions ressenties sont intenses et cette lecture restera très longtemps dans mes excellents souvenirs de lecture.

MES LIVRES EN VUE

Mes livres en vue pour Février 2021

On est déjà à la moitié du mois de janvier, il est grand temps de penser aux lectures de février et aux belles sorties qui vont nous être proposées par les maisons d’éditions.

Oui je sais, avec une PAL qui avoisine les 400 titres ai-je vraiment besoin de zieuter sur les prochaines sorties, celles qui vont faire exploser ma wish list ou pire encore venir agrandir ma PAL déjà monstrueuse ? C’est la vie, je suis une lectrice passionnée et quand bien même j’ai de quoi lire à la maison pendant plusieurs années, je ne peux m’empêcher de craquer pour des nouveautés, des nouveaux livres dont les résumés me tentent ou dont les auteurs font partie de mes chouchous, alors c’est parti.

En février 2021, j’attends avec impatience de pouvoir découvrir :

L’HIVER DE SOLVEIG de Reine ANDRIEU à paraître le 10.02.2021 aux éditions Préludes

Résumé :

Été 1940. Dans la France occupée par les Allemands, les habitants sont contraints de donner gîte et couvert à l’ennemi. À Lignon, paisible bourg du Bordelais, les Lenoir, une famille de notables, doivent héberger Günter Kohler. Passée sa répulsion première, Noémie, la jeune épouse, éprouve une violente attirance pour l’adjudant qui vit désormais sous leur toit.
Printemps 1946. La guerre est terminée, mais elle a laissé derrière elle son lot de malheurs, et de nombreux déplacés. Parmi eux, une fillette, retrouvée assise sur un banc, dans un village non loin de Bordeaux. Qui est-elle ? d’où vient-elle ? et pourquoi semble-t-elle avoir tout oublié ? Justin, un gendarme de vingt-quatre ans, décide de la prendre sous son aile et de percer le mystère qui l’entoure.

Ce roman sur un de mes thèmes préférés de lecture, je l’attends depuis que la maison d’édition en parlé sur Instagram au mois de novembre dernier !!

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LES LUEURS DU LENDEMAIN de Jennifer Cody EPSTEIN à paraître le 4.02.2021 aux éditions Les escales

Résumé :

Berlin, 1933. Amies depuis leur plus tendre enfance, Ilse et Renate, deux adolescentes, sont confrontées aux bouleversements provoqués par la montée du nazisme. Séduite par l’esprit de corps et l’idéal prônés par les Jeunesses hitlériennes, Ilse incite Renate à s’enrôler, mais celle-ci, juive, est cruellement rejetée. Lorsque les lois de Nuremberg sont promulguées, les jeunes filles se retrouvent alors ennemies malgré elles… New York, 1989. Ava, la fille d’Ilse, hérite des lettres écrites par cette dernière à Renate. En les lisant, elle plonge avec stupeur dans l’histoire de cette femme qui n’a jamais su l’aimer. Fresque haletante et poignante, Les Lueurs du lendemain se penche sur les retombées intimes et invisibles du nazisme, et sur les conséquences dévastatrices des choix faits durant les heures les plus sombres de l’Allemagne.

Là encore on est dans mon thème préféré de lecture et ce roman m’apparaît être prometteur de beaucoup d’émotions

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HUIT CRIMES PARFAITS de Peter SWANSON à paraître le 4.02.2021 aux éditions Gallmeister

Résumé :

Libraire spécialisé en roman policier, Malcolm Kershaw reçoit la visite surprise du FBI. L’agent Gwen Mulvey enquête sur deux affaires étranges : une série de meurtres qui rappelle un roman d’Agatha Christie, et un « accident » qui fait écho à un livre de James Cain. Elle espère donc que l’avis d’un expert du genre lui permettra d’interpréter correctement les (rares) indices à sa disposition. Et ce n’est pas tout : Malcolm, quinze ans plus tôt, a publié sur son blog une liste intitulée ”Huit crimes parfaits”, où figuraient ces deux intrigues. Serait-il possible qu’un tueur s’en inspire aujourd’hui ? Très vite, l’angoissante certitude s’impose : le tueur rôde déjà à proximité. Malcolm commence à le voir partout, et sent un véritable nœud coulant se resserrer autour de son cou.

Une intrigue irrésistible et une brillante variation autour du roman policier, avec en filigrane cette question éternelle : le crime parfait existe-t-il ?

Ce roman policier est très intriguant et il me tarde de pouvoir me plonger dans cette histoire plus que troublante

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UN JOUR DE PLUS DE TON ABSENCE de Mélusine HUGUET à paraître le 23.02.2021 aux éditions Charleston

Résumé

Félicitations, madame Loiseau.

Vous allez être maman !Fonder une famille avec Antoine, c’est le rêve de Jade depuis le tout premier jour de leur amour. Elle devrait nager en plein conte de fées : Antoine est fou de joie, ils ont la trentaine, des situations professionnelles stables, un appartement avec une chambre supplémentaire et des familles aimantes, toutes prêtes à accueillir cette nouvelle vie. Mais c’est une immense vague d’indifférence qui l’envahit.Un roman qui aborde avec finesse et force certaines des questions les plus sombres de notre société à travers le parcours d’une héroïne bouleversante, modèle de résilience et d’espoir.

Un roman annonciateur de beaucoup d’émotions, la maternité est un sujet dont on pourrait parler pendant des heures et je sens que cette lecture va être bouleversante

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Il y a évidemment beaucoup d’autres sorties livresques en février, notamment le dernier roman d’Arnaldur Indridason La pierre du remords (le 4.02.2021 aux éditions Métaillé), celui de Michel Bussi Rien ne t’efface (le 4.02.2021 aux éditions Presses de la cité), celui de M.J Arlidge Loup y es tu? (le 11.02.2021 aux éditions Les escales).

Et vous, quelles sont vos lectures attendues pour le mois de février?

LITTERATURE CONTEMPORAINE

Desperados – Joseph O’Connor

Desperados de Joseph O’Connor par aux éditions Phébus en avril 1998 – 480 pages – traduction Pierrick Masquart et Gérard Meudal

Résumé

Desperados évoque, avec autant de vacherie que de compassion, les illusions d’une jeunesse – celle des années quatre-vingt – qui tend à confondre frime et engagement à travers les tribulations en Amérique Centrale de quelques paumés natifs de Dublin, à qui l’on a raconté que la révolution était une drogue douce. Bref, malentendus en cascade et sur toute la ligne. On rit, et l’on finit par n’être pas très loin de pleurer.

Mon avis :

Cette quatrième de couverture bien que quelque peu mystérieuse m’a convaincue, un jour, d’acheter ce roman dans une bourse aux livres. Et c’est en lisant Ohio de Stephen Markley que je me suis rappelée ce roman et que j’ai eu envie de le sortir de ma PAL. Sauf que cette histoire n’est pas la lecture promise par la quatrième de couverture à la lecture de laquelle on s’attend à suivre des jeunes pleins d’illusions dans un pays en guerre. En tous cas c’était l’idée que je me faisais de cette lecture avant de la commencer. Mais si Desperados a été une lecture bien différente de celle suggérée par la quatrième de couverture, elle n’en a pas moins été une très bonne lecture que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

Managua, Nicaragua, juillet 1985. Les Sandinistes sont au pouvoir depuis 1979, mais se heurtent à l’opposition somoziste, la « contra », soutenue par les Etats-Unis. Franklin et Eleanor des irlandais, divorcés, doivent venir à Managua pour identifier le corps de leur fils Johnny. Franklin et Eleanor doivent de nouveau se côtoyer, malgré les rancœurs qu’ils nourrissent l’un envers l’autre sans que l’on sache vraiment pourquoi…au début…quand le corps du jeune homme se révèle ne pas être leur fils, les deux ex décident de partir à la recherche de leur fils, vivant ou mort, dans une zone où les combats sont les plus violents. Ils sont accompagnés par les amis de leur fils, membres du groupe de musique les Desperados dont Johnny faisait partie. Ils sont tous différents mais réunis dans le camping car Claudette, ils partent à la recherche du fils perdu.
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En parallèle, l’auteur nous raconte comment Franklin et Eleanor se sont connus, comment ils se sont aimés et comment ils ont finis par se séparer.
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C’est émouvant, passionnant, très bien écrit et très agréable à lire. On ne voit pas les pages défiler. L’auteur, à travers l’histoire de Franklin et Eleanor, dissèque la relation amoureuse, les obstacles que la vie met sur la route du bonheur qu’ils s’étaient imaginé. Ce voyage dans un vieux camping car, dans un pays où la chaleur est prédominante, où il vaut mieux boire de l’alcool que de l’eau pour ne pas tomber malade, avec des jeunes aux caractères bien trempés, rebelles et insouciants, sera l’occasion pour Franklin et Eleanor de se parler enfin et de se comprendre.
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La tension monte progressivement au fil des kilomètres qui défilent vers la zone de combat, ce voyage se finira-t-il dans la joie ou dans la douleur?.
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Paru il y a plus de vingt ans, ce roman m’a embarquée avec Claudette et tous ses occupants dans un road trip parfois drôle, souvent émouvant et j’ai adoré ce voyage.
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Si vous tombez dessus en boîte à livres ou en brocante (il est disponible sur quelques sites de livres d’occasion – pour info) , je ne peux que vous conseiller de le prendre, vous ferez un beau voyage livresque et passerez un bon moment de lecture

POLARS/THRILLERS·THRILLER

A pas de loup – Isabelle Villain

A pas de loup d’Isabelle Villain paru aux éditions Taurnada le 14.01.2021 – 190 pages

Résumé :

Lorsque Rosalie, Philippe et leur petit Martin, âgé de six mois, décident de s’installer à La Barberie, un éco-hameau niché en plein cœur des Alpes-de-Haute-Provence, c’est bien pour fuir un quotidien devenu trop pesant. Pour tenter une expérience audacieuse. Vivre autrement. En communion avec la terre et en harmonie avec les saisons.
Mais l’équilibre de cette nouvelle vie va un jour se fissurer. Un grain de sable va s’infiltrer, déstabiliser et enrayer cette belle mécanique.
Et ce très beau rêve va se transformer peu à peu en un véritable cauchemar.
Votre pire cauchemar…

Mon avis :

J’avais déjà lu et beaucoup aimé Mauvais genre et Blessures invisibles, les précédents romans d’Isabelle Villain qui étaient des polars. Avec A pas de loup l’autrice s’initie au genre thriller et c’est une belle réussite pour une première tentative.

A pas de loup est un thriller, un roman noir prenant et glaçant.
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La Barbarie est un eco-hameau en plein cœur des Alpes de Haute Provence où sont venus s’installer des familles motivées par l’envie de vivre en communion avec la terre, la nature, en harmonie avec les saisons, loin du tumulte et de la vie stressante des grandes cités urbaines. Parmi eux Rosalie et sonars, Philippe, sont arrivés quand leur fille Martin avait 6 mois. Sauf qu’aujourd’hui Philippe n’est plus là et on sent bien qu’il n’est plus le bienvenu dans cette communauté. Alors quand Martin, 6 ans, disparaît en pleine nuit, c’est le début des ennuis, le premier maillon d’une chaîne d’événements qui vont mettre à mal le rêve qui se jouait jusqu’alors à la Barberie.
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En alternant passé et présent, l’autrice nous présente tous les acteurs de cette histoire, elle nous présente chacun des membres de cette communauté et les raisons, diverses, propres à chacun, qui les ont conduit à tout abandonner pour venir vivre à la Barberie.
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L’autrice joue avec nous, elle décortique ce mode de vie, les règles mises en place pour organiser cette micro-société, elle place les pièces de son puzzle et peu à peu le voile se fissure et on se rend compte que tout n’est pas aussi idyllique qu’on voudrait bien nous le faire croire à la Barberie.
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C’est fluide dans l’écriture, ça se lit tout seul et les pages se tournent très vite pour savoir comment ça va finir. J’ai énormément aimé cette lecture que j’ai trouvée originale dans les thèmes abordés, dans les relations des personnages et même si certains aspects de l’intrigue m’ont semblé un peu trop faciles et auraient mérité, selon moi, un plus de développement pour augmenter la tension, c’est une intrigue bien construite, prenante et glaçante jusqu’à la toute dernière page que l’autrice nous propose.
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Ce thriller sort aujourd’hui et je ne peux que vous conseiller de vous le procurer, vous passerez un excellent moment de lecture.

Je remercie Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance

POLARS/THRILLERS·PREMIER ROMAN

La mystérieuse affaire de styles – Agatha Christie

La mystérieuse affaire de styles d’Agatha Christie parue aux éditions Le masque en 1991 – traduction Thierry Arson – 223 pages

Résumé :

Lorsque la richissime Emily Inglethorp est retrouvée empoisonnée dans son manoir de Styles, les soupçons se portent rapidement sur son très jeune mari, Alfred Inglethorp. Mais le verdict paraît trop évident au colonel Hastings, qui décide de faire appel à son vieux compagnon Hercule Poirot. Ce dernier met alors tout en œuvre pour découvrir à qui pourrait profiter le crime. Car il y a aussi les beaux-enfants de Mme Inglethorp, et Cynthia, la protégée de la défunte : tous auraient pu se procurer la strychnine qui a servi à la tuer…
Les maigres indices ne faciliteront pas la tâche d’Hercule Poirot et mettront à l’épreuve sa perspicacité légendaire…

Mon avis :

En 2021 j’ai décidé de lire les romans d’Agatha Christie où apparaît Hercule Poirot dans l’ordre. J’ai donc commencé avec La mystérieuse affaire de styles, qui est le premier roman d’Agatha Christie et aussi le premier roman où apparaît Hercule Poirot, son personnage fétiche et celui de la majorité de ses lecteurs.

Mrs Inglethorp meurt chez elle au petit matin dans des circonstances troublantes sans que les autres résidents de la maison réveillés en sursaut ne puissent rien y faire. Qui pouvait lui en vouloir au point de la tuer? Ses 2 fils issus de son premier mariage, son nouveau mari, ses domestiques ? Il faut dire que cette vieille dame n’était pas très aimée car bien que très généreuse « elle rappelait toujours aux gens ce qu’elle avait fait pour eux« .
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c’est donc la première fois qu’on voir apparaître Hercule Poirot, sollicité par son ami Hastings également ami avec un des fils de Mrs Inglethorp, pour résoudre cette mystérieuse affaire.
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Hercule Poirot mène l’enquête, il discute, interroge, fouine mais sans jamais nous donner aucun indice. Parce que ce n’est pas lui qui raconte, on n’est pas dans sa tête, toute l’histoire nous est racontée par Hastings. On reste éloignés du raisonnement d’hercule Poirot, seules ses petites conversations avec Hastings ou avec d’autres pourraient nous donner des pistes si l’on pouvait voir où il veut en venir. Mais ce n’est jamais le cas.
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C’est très rythmé sans temps mort, il y a des rebondissements des arrestations et des fausses pistes. Et si l’annonce du coupable m’a fait tiquer, l’explication détaillée, marque de fabrique du fameux détective, m’a finalement convaincue.
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Mais il y a quand même un petit bémol : il ne me semble pas que nous, lecteurs, puissions trouver le coupable autrement que par un coup de chance en misant sur le bon suspect. On ne se dit pas « ah mais bien sûr!! » quand à la fin on sait, l’explication finale ne nous ouvre pas les yeux en raccordant tous les indices qu’on avait sous le nez, on y apprend aussi des choses qu’Hercule Poirot a découvertes en « coulisses » et qui l’ont mis sur la piste du coupable. C’est frustrant.
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Cela reste tout de même une bonne lecture détente, un bon moment livresque.

Rendez-vous en février pour ma lecture du second roman de la série Hercule Poirot : Le crime du golf

COUP DE COEUR·THRILLER

Entre fauves – Colin Niel

Entre Fauves de Colin Niel paru aux éditions du Rouergue en septembre 2020 –

Résumé :

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des derniers ours. Mais depuis un an et demi, on n’a plus trouvé la moindre trace de Cannellito, le seul plantigrade avec un peu de sang pyrénéen qui fréquentait encore ces forêts, pas d’empreinte de tout l’hiver, aucun poil sur les centaines d’arbres observés. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. L’histoire des hommes, n’est-ce pas celle du massacre de la faune sauvage ? Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas. Et rien de ce qui s’est joué, quelques semaines plus tôt, en Afrique.
Entre chasse au fauve et chasse à l’homme, vallée d’Aspe dans les Pyrénées enneigées et désert du Kaokoland en Namibie, Colin Niel tisse une intrigue cruelle où aucun chasseur n’est jamais sûr de sa proie.

Mon avis

J’ai découvert Colin Niel avec son roman Seules les bêtes que j’ai lu et adoré en 2020. Alors quand je suis tombée sur son nouveau roman Entre fauves en librairie, je me suis jetée dessus et cette lecture a été comme la première, un coup de cœur.

Pour la majorité des gens le lion est le roi des animaux, beau, majestueux, il est aimé des grands et des petits alors quand Martin, garde d’un parc national en France, fervent défenseur de la cause animal, tombe sur la photo d’une jeune fille debout, un arc à la main, à côté du cadavre d’un lion, il voit rouge…actif sur les réseaux sociaux pour dénoncer ces monstres, il décide ce coup-ci d’aller plus loin et de partir lui-même à la chasse à la tueuse.
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Pour Kondjima, berger en Namibie, dans un pays rongé par la sécheresse où tous les animaux peinent à survivre, le lion est un redoutable prédateur qui a massacré son troupeau de chèvres. Il est comme le renard qui tue nos poules, le loup qui s’en prend aux brebis et Kondjima n’a qu’une seule idée en tête, tuer ce lion qui a fait de sa vie un enfer encore pire.
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Apolline est une jeune fille, étudiante passionnée de chasse à l’arc qui rêve de s’offrir un lion en trophée.
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Charles est ce lion, seul, affamé, qui rôde auprès des hommes et qui nous raconte également sa vie.
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Avec ses quatre personnages dont les histoires se mêlent au fil des chapitres, dans une construction très originale du récit, l’auteur nous offre une intrigue palpitante, une histoire qui fait monter notre tension au fil des pages et le tout servi par une plume magnifique, des descriptions à vous couper le souffle.
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C’est magnifique, machiavéliquement orchestré, l’auteur vous attrape dans son viseur et ne vous lâche plus jusqu’au dernier mot. C’est une histoire aux personnages très travaillés, complexes et c’est un vrai régal de les suivre pour voir comment tout va finir, comment l’auteur va nous emmener jusqu’au bout de cette chasse.
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J’ai tout aimé dans ce roman qui, après Seules les bêtes, vient confirmer mon admiration pour Colin Niel. Cette lecture est un coup de cœur tant par l’intrigue en elle même que par les réflexions qu’elle a provoquées chez moi.
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Bref, j’ai adoré cette lecture et je ne peux que vous conseiller de lire cet auteur au talent fou pour offrir des intrigues prenantes, originales et instructives.

FANTASTIQUE / SCIENCE FICTION·JEUNESSE·POLARS/THRILLERS

Les dossiers du Voile – Adrien Tomas

Les dossiers du Voile d’Adrien Tomas paru chez Fleurus le 8.01.2021 – 425 pages

Résumé

Lieutenant de police au sein de la Brigade de régulation des espèces méta-humaines de Paris, Tia Morcese a beaucoup de mal à faire respecter l’ordre et la sécurité… et surtout à éviter que druides, nécromanciens, loups-garous et autres espèces méta-humaines révèlent leur existence au reste du monde. À côté de son impressionnante grande sœur, Mona pourrait presque passer pour une ado normale. Pourtant, l’apprentie sorcière est loin d’avoir les yeux dans sa poche ! Et quand elle tombe sur des informations-clés qui pourraient faire avancer les affaires en cours de Tia, ele n’hésite pas une seconde à suivre ses propres pistes. Mais le monde du Voile n’est pas sans danger…

Mon avis :

Les dossiers du Voile est une formidable aventure qui mêle habilement le genre policier et le genre fantastique. En effet, l’histoire se passe dans le « Monde fantasmagorique du Voile« , un monde où « l’ensemble des communautés de mages, sorcières, vampires, fées, trolls et autres loups-garous coexistent plus ou moins pacifiquement avec le reste de l’humanité, à l’insu de cette dernière« . L’univers est fort bien présenté, on est à Paris, il y a le métro, les différents arrondissements, la forêt de Fontainebleau mais on sait que derrière les apparences de vie normale, se cache un monde où la paix est précaire et ou les différents clans de personnages fantastiques qui cohabitent ne se vouent pas un amour éternel. Et pour préserver ce Voile, il existe une Brigade spéciale, la Brigade de régulation des espèces méta-humaines de Paris, une brigade dont les compétences relèvent de quasi tous les Départements de la police « normale ». C’est très bien fait.

Tia Morcese, 28 ans, sorcière sans pouvoirs, fait partie de cette brigade. Elle totalise à elle seule autant d’affaires résolues que le reste des policiers du commissariat. Ses talents de tireuse d’élite, son sens inné de l’observation et son audace compensent amplement sa subtilité parfois discutable et son remarquable manque de décorum. Elle est chargée de s’assurer qu’aucun déchirement du Voile ne se produise, qu’en aucun cas les humains ne puissent découvrir qu’ils vivent entourés de personnages « magiques ». Alors quand des meurtres dans deux clans rivaux se produisent, elle sent bien que cette enquête ne va pas être de tout repos, d’autant plus qu’elle se retrouve chargée de sa propre famille pendant l’absence de sa mère. Et les membres de sa famille ne sont pas les plus sages des membres de la communauté du Voile. Mona, sa petite sœur, apprentie sorcière, jeune adolescente de 16 ans a beaucoup de mal avec l’obéissance et avec son amie Héloïse, louve-garou, à l’aube de sa première transformation et son ami, Samir, Djinn (génie) taille basse (vous voyez le jeu de mot ?), ils vont se retrouver dans de beaux draps.

C’est très bien écrit, bourré d’humour et l’intrigue est très bien menée avec une très intéressante réflexion sur cette société quelque peu particulière. C’est très bien fait, les personnages sont très bien campés, avec de forts caractères, des défauts et attachants chacun à leur manière. C’est un vrai plaisir de les suivre. Tout est crédible, l’auteur a su créer un juste équilibre entre ce qui relève de l’univers fantastique et le placer de façon très intelligente dans notre monde moderne actuel. L’intrigue qui se joue est très bien construite, les chapitres, les réflexions, les rebondissements s’enchainent, c’est addictif et on ne peut lâcher l’affaire avant de savoir ce qui se passe.

C’est un roman destiné aux jeunes mais honnêtement les adultes y trouveront leur compte aussi. Moi, du haut de mes 42 piges, je me suis régalée avec cette histoire, j’ai savouré les vannes, les piques, les échanges entre les différents personnages, j’ai souri à bien des moments tellement l’humour et le sarcasme sont présents dans cette histoire, placés judicieusement, utilisés à bon escient et qui apportent un petit quelque chose en plus. Et l’intrigue policière qui se joue n’est pas en reste.

Bref, j’ai énormément aimé ce roman. Il sort en librairie demain 8 janvier 2021 et je ne peux que vous encourager à plonger dans les dossiers du Voile, vous ne serez pas déçus.

Et le plus dur maintenant va être d’attendre la suite des aventures de Tia.

Je remercie vivement les éditions Fleurus pour leur confiance et l’envoi de ce très bon roman

LITTERATURE CONTEMPORAINE

Un livre de martyrs américains – Joyce Carol Oates

Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates paru aux éditions Philippe Rey le 5.09.2019 et chez Points le 1.10.2020 – traduction Claude Seban

Résumé :

2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des  » médecins avorteurs  » de l’hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les  » soldats de Dieu  » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?

Mon avis :

Je m’étais déjà essayée à la lecture des romans de Joyce Carol Oates (Mère disparueFille noire, fille blanchePetite soeur mon amour) sans que cela soit un grand succès. Et pourtant je me suis lancée dans Un livre de martyrs américains, cette pavasse de 860 pages, après avoir lu les avis très positifs des copines sur Instagram. Pour ne pas prendre trop de risque je l’ai emprunté à la bibliothèque mais j’ai tellement aimé cette lecture que je vais m’acheter soit le grand format d’occasion soit la version poche sortie en fin d’année 2020 chez Points.

Un livre de martyrs américains c’est une plongée en profondeur dans un sujet qui, aux Etats-Unis, est au cœur d’une profonde opposition entre les pro et les anti : l’avortement, qui depuis l’arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême, en 1973, est considéré par la Justice américaine fédérale comme relevant du droit à la vie privée protégé par le IVe amendement. Chaque Centre de femmes ou clinique pratiquant les avortements est la cible de manifestants pro-vie qui peuvent être parfois très violents, la protection tant des femmes qui veulent s’y rendre que des médecins qui y pratiquent est devenue une nécessité…bref, c’est un sujet très sensible et c’est avec beaucoup d’intelligence, de subtilité que Joyce Carol Oates le traite dans ce roman qui, bien que très dense, se lit assez facilement et sans qu’à aucun moment un quelconque sentiment d’ennui ne vienne ternir cette lecture.

L’autrice décortique admirablement bien tous les aspects de cette guerre qui fait rage entre les deux camps, sans aucun jugement elle nous présente tous les personnages en toute objectivité, et les conséquences que les actes des uns ont eu sur la vie des autres. Comment Luther Dunphy, charpentier, fervent croyant a t-il pu en arriver à commettre l’irréparable en tuant « son prochain »? Comment sa famille, sa femme et ses enfants et aussi la famille et les enfants du médecin assassiné ont-ils vécu après ce drame?

C’est passionnant, remarquablement bien écrit et quelle que soit notre position sur le sujet, c’est une lecture qui fait réfléchir. L’autrice analyse tout en profondeur, la façon dont se déroule le procès et les moyens de défense présentés par les défenseurs de Luther, les conséquences sur les familles des deux côtés, les attentes, les déceptions. Comment vivre tant que tout n’est pas réglé. Les filles des deux hommes, Dawn Dunphy et Naomi Vorhees n’avaient qu’une dizaine d’années quand elles ont chacune perdu leur père. Et la deuxième partie qui est consacrée à leurs vues respectives est particulièrement touchante et émouvante.

Bref, j’ai beaucoup aimé cette lecture poignante et émouvante sur un sujet difficile.