HISTORIQUE

Une femme à Berlin – Anonyme

une femme à berlin

Une femme à Berlin – Anonyme – Editions Folio – Traduction Françoise Wuilmart – Présentation de Hans Magnus Enzensberger – 17 janvier 2008 – 400 pages – 8.90 €

Résumé :

La jeune Berlinoise qui a rédigé ce journal, du 20 avril 1945 – les Soviétiques sont aux portes – jusqu’au 22 juin, a voulu rester anonyme, lors de la première publication du livre en 1954, et après. À la lecture de son témoignage, on comprend pourquoi.
Sur un ton d’objectivité presque froide, ou alors sarcastique, toujours précis, parfois poignant, parfois comique, c’est la vie quotidienne dans un immeuble quasi en ruine, habité par des femmes de tout âge, des hommes qui se cachent : vie misérable, dans la peur, le froid, la saleté et la faim, scandée par les bombardements d’abord, sous une occupation brutale ensuite. S’ajoutent alors les viols, la honte, la banalisation de l’effroi.
C’est la véracité sans fard et sans phrases qui fait la valeur de ce récit terrible, c’est aussi la lucidité du regard porté sur un Berlin tétanisé par la défaite. Et la plume de l’auteur anonyme rend admirablement ce mélange de dignité, de cynisme et d’humour qui lui a permis, sans doute, de survivre.

Mon avis :

Il est bien difficile de donner un avis, subjectif, sur un témoignage réel d’une situation ayant été vécue en vrai par celui ou celle qui raconte. Soit on aime ce genre de récit et on prend plaisir à les lire, soit on n’aime pas et alors on évite de les lire. En ce qui me concerne, la seconde guerre mondiale et la vie des gens qui l’ont vécue me passionne alors chaque occasion est bonne d’en apprendre toujours plus. Surtout qu’après avoir beaucoup lu sur les camps et la vie des personnes persécutées pour être des juifs, j’ai voulu en apprendre plus sur la vie des autres personnes, les civils des pays touchés par cette guerre. Ce témoignage était donc une bonne occasion de découvrir la vie des personnes vivant en Allemagne pendant la guerre.

Une femme à Berlin est un témoignage autobiographique anonyme d’une jeune Allemande qui relate la chute de Berlin lorsque la ville tombe aux mains des Soviétiques en 1945. Ce texte prend la forme d’un journal et relate le quotidien de l’héroïne entre le 20 avril et le 22 juin 1945. Sur une courte période finalement nous allons vivre avec l’héroïne l’horreur de la guerre.

« oui, c’est bien la guerre qui déferle sur Berlin.Hier encore ce n’était qu’un grondement lointain, aujourd’hui c’est un roulement continu. On respire les détonations. L’oreille est assourdie, l’ouïe ne perçoit plus que le feu des gros calibres. Plus moyen de s’orienter. Nous vivons dans un cercle de canons d’armes braquées sur nous, et il se resserre d’heure en heure« . C’est sur ces mots que l’auteure ouvre son journal le vendredi 20 avril 1945. S’en suivent, racontées jour après jour, ses journées dans des bâtiments en ruine, sans eau ni électricité où le seul moyen de se protéger est de vivre dans des caves insalubres et sombres, en groupe d’humains qui ne sont parfois guère mieux que le monde extérieur. Des micro-sociétés se créent avec des chefs et il faut bien choisir sa cave. Les journées sont rythmées par les longues heures passées à faire la queue devant les différents magasins encore ouverts pour récupérer un peu de nourriture pour survivre jusqu’au lendemain.

Sortir dehors est déjà un risque en soi, mais parfois le danger vient aussi de l’intérieur car c’est le règne du chacun pour soi, protéger sa propre vie est plus important que de sauver les autres. Comme l’a écrit Stuart Nadler dans Un été à Bluepoint « l’instinct de survie est une pulsion qui échappe aux principes : quand il s’agit uniquement de tenir jusqu’au jour suivant, plus personne n’a de scrupules« . Et c’est bien de cela qu’il est question. Sortir dehors est un impératif pour aller récupérer de la nourriture et de l’eau mais c’est prendre le risque de tomber sur les envahisseurs, des hommes en mal de femmes et qui n’hésitent pas à les prendre de force. « Les filles sont une denrée qui se fait rare. On connait désormais les périodes et les heures auxquelles les hommes partent en chasse de femmes, on enferme les filles, on les planque dans les soupentes, les empaquette dans des endroits sûrs« . Notre héroïne n’y échappera pas, malheureusement, et la première fois cela lui arrivera devant la porte fermée d’une cave derrière laquelle se cachent ses compagnons d’infortune qui ne feront rien pour la sauver. Les femmes seront contraintes de « céder » aux avances des envahisseurs en échange de nourriture et de protection. Le seul moyen de survivre.

Et comment vivre avec ça et après tout ça, comment garder l’espoir d’une vie meilleure ensuite. Les mots de l’auteure sont émouvants et font bien ressentir son désarroi. « Je traînais les pieds comme sous le poids d’un accablant fardeau, j’avais le sentiment que jamais Berlin ne pourrait renaître de ses cendres, que nous resterions toute notre vie durant des rats hantant des ruines« . La route est longue pour retrouver une vie « normale ». La vie qui reprend doucement son court sans pour autant qu’ils ne sachent rien de ce qui se passe au niveau des dirigeants du pays autrement que par les on-dit dans les files d’attentes pour avoir de la nourriture. Et puis soudain la lumière au bout du tunnel, le retour de l’eau courante et les nouvelles relations humaines qui se nouent, des envies nouvelles qui laissent espérer un avenir pour notre femme allemande courageuse.

« Je n’ai pas encore atteint le point limite auquel ma vie serait menacée, j’ignore quelle distance m’en sépare encore. Je sais seulement que je veux survivre – à l’encontre de toute raison, absurdement, comme une bête« . L’auteur nous laisse avec ces mots et on ne peut qu’espérer qu’elle a pu reconstruire sa vie et être heureuse après toutes les horreurs qu’elle a vécues.

Cette lecture a été très prenante et intéressante sur la vie des femmes allemandes pendant cette guerre. Elles n’ont pas choisi de la faire, elles l’ont subie et ont eu aussi à en souffrir. C’est un beau témoignage de force et de courage qui restera longtemps dans mes souvenirs de lectrice.

Pour finir un petit mot sur l’auteure:

Ce journal fut la première fois publié en 1954, en langue anglaise, et diffusé aux États-Unis, en Italie, au Danemark, en Suède, en Norvège, aux Pays-Bas, en Espagne et au Japon. L’accueil en Allemagne, lors de la première parution du journal en 1959, a été très mauvais. Les souvenirs étaient encore trop vifs, et il était difficile de s’attaquer à semblable tabou.

Dans le bouillonnement d’idées de mai 1968, des photocopies du texte circulèrent dans les universités allemandes et procédèrent de la réflexion concernant la révolution sexuelle en Allemagne, apportant ce témoignage pour pointer du doigt la domination masculine dans la société civile.

Ce n’est qu’en 2003, deux ans après la mort de l’auteure, qu’une nouvelle édition a permis aux Allemands, dans un pays apaisé, de redécouvrir une page tragique de leur histoire tout en suscitant sa contribution au débat historiographique.

Anonyme, l’auteure ne l’est plus vraiment. C’est un rédacteur du quotidien Süddeutsche Zeitung, Jens Bisky, qui a levé le voile sur l’identité de la jeune Berlinoise : elle s’appelait Marta Hillers et était journaliste.

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Pour en savoir plus sur elle, avec toutes les réserves liées au contenu de Wikipedia, je vous mets le lien de la page la concernant ici

Et pour aller plus loin, il existe un essai écrit par Françoise Maffre Castellani publié chez Horizons, Marta Hillers-un scandale, où l’auteure, séduite par l’histoire de Marta Hillers, exceptionnelle de vérité et de courage, et par sa forte personnalité a décidé d’écrire un essai dans lequel elle décrit l’Allemagne en fin de guerre ; il y a là de nombreux personnages, terrés dans une cave sombre, attendant l’arrivée des «Ivans». Berlin, la ville de Marta Hillers, en ses ruines et en son effondrement, se détache, inoubliable. Le lecteur ressentira l’impression d’épouvante que le récit cerne au plus près. De grandes figures affleurent ; d’autres, odieuses, s’imposent néanmoins.

Je ne suis pas fan des essais mais je suis quand même tentée de le lire.

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