LITTERATURE CONTEMPORAINE

Cendrillon & moi, la belle-mère parle enfin – Danielle Teller

Cendrillon & moi, la belle-mère parle enfin de Danielle Teller paru chez Pocket le 16.07.2020 – 448 pages – traduction Audrey COUSSY

Résumé :

C’est la marâtre la plus détestée de l’Histoire, celle dont on parle pour faire peur aux enfants désobéissants. Mais qui sait que la belle-mère de Cendrillon s’appelle en réalité Agnès, qu’elle a passé sa jeunesse à trimer comme bonne à tout faire, qu’elle a dû se battre comme une lionne pour accéder à un monde qui n’est pas le sien, que son époux était alcoolique et que sa belle-fille, petite princesse aux petons si délicats, est en réalité fort capricieuse ?
Agnès n’en peut plus des sornettes autour des pantoufles, des princes charmants et des citrouilles. Elle est bien décidée à rétablir la vérité, quitte à égratigner quelque peu la version officielle…

Mon avis :

Je l’avais vu passer au moment de sa sortie, il m’avait intriguée, le résumé m’avait donné envie de lire cette histoire qui promettait des révélations savoureuses sur la vraie personnalité de cette Cendrillon. Quand je suis retombée dessus lors d’un passage en librairie, je n’ai pas résisté et je ne l’ai pas laissé dormir longtemps dans la PAL.

Présenté comme une réécriture de conte avec un titre très accrocheur, cette histoire n’est pourtant pas celle qu’elle prétend être. Ce n’est pas la face cachée des relations entre Cendrillon et sa marâtre de belle-mère, celle où la belle-mère balance sur la princesse adulée qu’on a toutes aimées dans notre jeunesse.

Cette histoire est bien plus belle que ça. C’est l’histoire d’Agnès qui, à 10 ans, doit quitter sa famille qui n’a pas les moyens de la nourrir pour aller gagner sa croûte comme domestique dans un manoir et qui, durant toute sa vie, devra se battre pour survivre et faire reconnaître sa valeur en tant que femme dans un monde où les hommes font la loi.

Dans une ambiance très Downton Abbey, on suit Agnès dans toutes les (mes)aventures qui vont la mettre à l’épreuve, elle est une jeune fille puis une femme battante qui n’aura de cesse de réussir à tirer le meilleur de la vie malgré les affronts qu’elle aura à subir.

Alors oui le fond du conte est bien présent mais en filigrane et si les principaux éléments que l’on connaissait de la vie de cette horrible marâtre sont bien retranscrits, le sentiment qui domine à l’égard d’Agnès relève beaucoup plus de l’empathie, de l’admiration et de l’émotion une fois refermée la dernière page de ce roman.

J’ai énormément aimé cette histoire, je me suis attachée à Agnès, j’ai aimé sa force de caractère et son intelligence pour mener sa barque dans ce monde où la condition féminine n’était pas joyeuse. Plus qu’un conte, c’est une véritable histoire de courage et de force d’une femme que la vie n’a pas épargnée.

Une très belle lecture, émouvante, le combat d’une femme pour vivre tout simplement la vie dont elle avait envie.

LITTERATURE CONTEMPORAINE

L’aveuglement – José Saramago

L’aveuglement de José Saramago paru chez Points en 1995 – 384 pages – traduit par Geneviève Leibrich

Résumé :

Un homme devient soudain aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse. » Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité ?

Mon avis :

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et c’est complètement par hasard que je suis tombée sur ce roman dans une boîte à lire. La lecture du résumé m’avait plu et convaincu de tenter l’aventure.

Mais il y a parfois un décalage entre la lecture qu’on avait imaginée à la lecture du résumé et la réalité de ce qu’on lit et c’est malheureusement ce qui s’est passé pour moi avec L’aveuglement.

Un homme tranquillement assis dans sa voiture, attendant que le feu passe au vert, devient subitement aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à toute vitesse et le gouvernement décide de confiner les aveugles dans un ancien hôpital psychiatrique, entassés dans des dortoirs.

Tout avait bien commencé. Même s’il m’a fallu m’habituer à la construction en pavé compact avec des dialogues intégrés dans le texte signalés par des majuscules après des virgules qui rendaient cette lecture peu fluide et pas forcément agréable à lire, j’ai réussi à passer outre et j’ai apprécié la mise en place de l’histoire.

Toute la première moitié est très intéressante. On vit avec le petit groupe d’aveugles constitué du premier contaminé, de sa femme qui voit mais qui a menti pour ne pas être séparée de lui et ceux qui ont été en contact avec lui et se retrouvent aveugles à leur tour. Tout est bien amené, on voit bien la chaîne de contamination et ce qu’ils vivent dans ces dortoirs est absolument horrible. On y voit des humains qui restent des humains et montrent toute la cruauté, l’égoïsme dont ils sont capables même dans une telle situation. C’était angoissant, oppressant, un huis-clos hyper tendu où l’horreur régnait à tous les instants. Et c’était bien.
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Mais voilà, ça n’a pas duré…sur la quatrième de couverture, on annonçait mille aventures de ces personnages livrés à eux-mêmes dans la ville, des hordes d’aveugles qui devront faire face à ce qui en l’homme est le plus primitif : la volonté de survivre à n’importe quel prix…du coup j’attendais avec impatience la partie sur la ville….et là ça a été la déconvenue la plus totale. Un calme plat qui n’a fait que descendre en flèche mon intérêt jusqu’à l’ennui total sur les dernières pages que j’ai lues en diagonale tellement j’en avais marre. Et la fin 😩

Je comprends quel était le but de l’auteur en nous racontant cette histoire. Télérama l’a d’ailleurs bien décrit :

 » José Saramago nous raconte qu’il faut parfois devenir aveugle pour réussir à voir la face cachée et essentielle des choses. Un beau livre plein d’espoir. « 

Mais c’est un élément que je n’avais pas en lisant la quatrième de couverture de mon exemplaire et du coup, certainement « polluée » par des films tels que Je suis une légende, World War Z, je suis passée complètement à côté de la seconde moitié de ce roman dont je m’étais fait un autre scénario dans ma tête.

Cette lecture fût donc une demi-réussite mais je vous le conseille quand même ne serait-ce que pour la première moitié qui est très édifiante sur le comportement humain.

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Graveney Hall – Linda Newberry

Graveney Hall de Linda Newberry paru chez Phébus le 14.02.2013 et au Livre de poche le 29.01.2014 – 304 pages – traduction de Joseph Antoine

Résumé :

Quand Greg, un adolescent féru de photographie, découvre les ruines de l’ancienne demeure de Graveney Hall, il sait tout de suite qu’il tient un beau sujet. Épaulé par Faith, la fille d’un bénévole restaurant la propriété, il va tenter de percer le secret de cette mystérieuse bâtisse et de son dernier habitant, Edmund Pearson, disparu dans d’étonnantes circonstances pendant la Première Guerre mondiale. Une enquête qui va révéler bien plus de choses sur lui-même qu’il n’aurait pu l’imaginer.

Mon avis :

Graveney Hall dormait dans ma PAL depuis 2014, plusieurs fois je l’ai pris, en ai relu le résumé et puis l’ai reposé pour lui préférer un plus récent. Et puis dernièrement, une envie plus forte de sortir les vieux de ma PAL m’a fait lui donner sa chance…et mon Dieu qu’est-ce que j’ai bien fait !!!! Cette lecture est une pépite💕💕💕💕💕
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La plume de l’auteure est sublime. Douce, poétique, travaillée mais fluide et très agréable à lire, elle donne une profondeur à l’histoire, une histoire émouvante, bouleversante, forte et tellement riche.
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On suit deux jeunes garçons à deux époques bien différentes. Edmund en 1917, pendant la première guerre mondiale, dans une société anglaise très puritaine, qui a mystérieusement disparu pendant l’incendie de la propriété familiale, Graveney Hall, aujourd’hui une ruine en cours de rénovation où évolue Greg, un tout aussi jeune adolescent féru de photographie qui va chercher à comprendre, avec Faith, une jeune fille très croyante, qui était Edmund et à percer le mystère de cette disparition.

Des commentaires sur Livraddict avaient un peu refroidi l’enthousiasme de la non-croyante que je suis, mais cette lecture m’a emportée complètement. L’équilibre entre les deux époques est parfaitement maitrisé, on prend plaisir à lire chacune d’elles et à suivre nos deux jeunes hommes dans leurs vies d’adolescent en recherche de qui ils sont

C’est vrai il n’était pas tout à fait lui-même : ce lui-même qu’elle connaissait. Mais peut-être commençait-il à devenir lui-même justement: le vrai lui-même.

Il y est question d’amour, pur, celui qui a un sens, « trop important pour être galvaudé » et quelque soit l’autre.

« J’ai un rêve – un fantasmé. Passer une nuit dehors, au bord de la mer, avec quelqu’un d’autre. Une nuit chaude, paisible, sous un ciel vraiment clair. On resterait couchés là à regarder les étoiles, à écouter les vagues, puis ce serait l’aube et on irait dans l’eau, nager. Ce serait assez parfait pour durer toute ma vie. Les étoiles, l’obscurité, l’espace, le sable, les vagues, l’eau, la lumière« .

Les questionnements sur Dieu jalonnent cette histoire, tant avec Edmund qu’avec Greg et c’est bouleversant.

« On ne sait pas pourquoi les choses arrivent, alors on invente un Dieu omniscient qui sait, et comme pour toi il faut que ce soit un dieu bon, il doit exister une bonne raison à tout évènement, si affreux soit-il »… »Si tu Lui ouvres ton cœur, Il te montrera Son amour et Sa vérité. Ca ne peut pas se produire autrement. Ca ne passe pas par la raison ni par la logique ni par l’argumentation ».

Il n’y a que de belles phrases et de belles réflexions qui inspirent et font réfléchir.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’être. Nous voulons plus que ce qui nous est imparti ; nous voulons des voitures, des cinémas, des piscines, des vacances sur le continent et ce n’est pas tout, nous considérons comme acquis le fait d’y avoir droit. Si on pouvait se contenter d’être, de vivre de ce que la terre a les moyens de nous donner au lieu de prendre et de prendre encore, les forets tropicales pousseraient et l’atmosphère serait propre et la terre trouverait son propre équilibre.


Je n’ai jamais autant noté de phrases qui me touchaient dans une lecture. Celle-ci a été d’un bout à l’autre un pur moment de bonheur livresque tant j’ai apprécié la plume de l’auteure mise au service d’une histoire magnifique, d’une profondeur immense qui m’a envoûtée.

Un énorme COUP AU COEUR dont je vous recommande vivement la lecture

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Les affligés – Chris Womersley

Les affligés de Chris Womersley paru chez Albin Michel le 2 mai 2012 – 336 pages – traduction Valérie Malfoy

Résumé :

Australie, 1919. Alors que la Grande Guerre est enfin terminée, une épidémie de grippe espagnole ravage le pays. Dans une atmosphère de fin du monde, des hommes en armes bloquent les routes et parcourent les campagnes pour imposer la quarantaine.
Quinn Walker, un soldat démobilisé et hanté par ce qu’il a vécu, retrouve la petite ville de Flint en Nouvelle- Galles du Sud, qu’il avait quittée dix ans plus tôt, après avoir été accusé à tort d’un crime effroyable. Persuadé que son père et son oncle le pendront s’ils le trouvent, Quinn décide de se cacher dans les collines avoisinantes. Il y rencontre une gamine mystérieuse, qui l’encourage à réclamer justice et semble en savoir plus qu’elle ne le devrait sur son supposé crime…

Mon avis :

Les affligés était dans ma PAL depuis sa sortie et il attendait patiemment que je me décide à le lire. Et je peux vous dire que je regrette de l’avoir laissé patienter aussi longtemps.

Roman sombre et lumineux où il est question d’amour, de rédemption, de regret et de vengeance, Les Affligés est un livre fort, qui nous parle aussi des souffrances qu’impose la guerre tant à ceux qui partent au front, qu’à ceux restés derrière pour toujours.

« Un roman extraordinaire, fort, émouvant et superbement écrit, qui reste longtemps présent dans l’esprit du lecteur. » Notebook Magazine

Voilà ce qu’on nous dit sur la quatrième de couverture à la suite du résumé. Et si parfois je trouve ces phrases d’accroche quelque peu exagérées, ici il n’en est rien. C’est exactement ce que j’ai ressenti en le lisant. Je l’ai dévoré en deux jours et j’ai adoré.

Quinn s’est enfui loin de chez lui quand il a été vu, plein de sang, tenant dans ses mains le couteau qui avait tué sa petite sœur. En 1919, après avoir fait la guerre il revient chez lui, dans son village ravagé par la grippe espagnole, avec toujours la peur au ventre, effrayé à l’idée d’affronter son passé. Sa rencontre avec Sadie, une petite fille qui erre dans les collines où il se cache, va bouleverser sa vie.

C’est émouvant, fort, passionnant. Les deux personnages sont hyper attachants et les sentiments profonds.

Quin est encore une jeune homme mais abîmé moralement par la guerre.

« s’il fermait les yeux pour ne plus voir les cadavres ensanglantés et les arbres déchiquetés, il entendait encore les armes et les hurlements s’il se bouchait les oreilles, il sentait encore la terre trembler ; l’odeur du gaz imprégnait ses narines ; tout ce qu’il touchait était humide ou sanglant. Même dans son sommeil, il rêvait d’éclairs, de vêtements déchirés, de grommellements. Cela n’en finissait pas. »

Comment ne pas s’attacher à ce jeune homme qui a dû fuir alors qu’il se savait innocent ? Qui a tout perdu…sa soeur, sa confidente, celle avec qui il entretenait des liens très forts et par la même occasion ses parents qui le croient coupables. C’est impossible de rester indifférent.

Et le personnage de Sadie n’est pas en reste non plus. Très mystérieuse, cette petite fille qui apparaît dans la vie de Quin, intrigue, questionne. On ne sait pas quoi penser. Est-elle réelle ou est-elle une émanation de l’esprit torturé de Quinn?

C’est un roman qui traite de la guerre, de ses conséquences sur ceux qui l’ont faite mais aussi sur ceux qui sont restés au pays. Quinn, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis se retrouve face à lui même, sous la menace constante de se faire prendre, arrivera-t-il à se remettre et à reprendre sa vie en main?

C’est magnifiquement écrit, c’est palpitant, il est impossible de le lâcher avant la fin.

Bref, une très belle lecture qui restera longtemps dans mes souvenirs

HISTORIQUE·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Abigaël – Magda Szabo

Abigaël de Magda Szabo paru le 4 septembre 2019+ au Livre de poche – 512 pages

Résumé :

Gina ira en pension. Son père adoré l’a décrété sans donner la moindre explication : « Ne dis au revoir à personne, amie ou connaissance. Tu ne dois pas dire que tu quittes Budapest. Promets-le-moi ! »
Elle doit oublier son ancienne vie et rejoindre, dans la lointaine province, Matula, une institution calviniste très stricte, reconnue pour la qualité de son enseignement.
Enfant gâtée, rétive aux règles, elle est vite mise en quarantaine. Seule solution pour survivre, l’évasion… qui se solde par un échec piteux. Désespérée, l’adolescente finit par confier ses malheurs à Abigaël, la statue qui se dresse au fond du jardin. Car selon l’antique tradition matulienne, Abigaël aiderait tous ceux qui le souhaitent. Et, miracle, l’ange gardien se manifeste !
Une série d’aventures rocambolesques sortent Gina du purgatoire et lui font comprendre la douloureuse décision de son père en même temps que le sens des mots honneur, solidarité et amitié.

Mon avis :

Magda Szabó, (1917 – 2007), est une écrivaine, poétesse, dramaturge, essayiste, docteure en philologie, traductrice et auteure d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse hongroise. Elle est l’auteur de plusieurs romans dont Abigaël a été ma première découverte, et certainement pas la dernière tant j’ai aimé cette histoire.

On se situe en Hongrie, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, période chère à mon cœur de lectrice. Georgina « Gina » Vitay est une jeune fille de 13 ans à cette époque, elle vit avec son père, Général dans l’armée hongroise, dont elle est très proche depuis qu’elle a perdu sa maman. Quand il décide de l’envoyer loin de Budapest , à Matula, une institution religieuse plus proche de la prison que d’une école, sans aucune explication, Gina est dévastée. Elle ne comprend pas pourquoi son père l’a envoyée dans cet endroit, régi par des règles très strictes, où les pensionnaires se livrent à des activités bizarres et où une mystérieuse statue, Abigaël, est censée aider les pensionnaires qui lui en font la demande.

J’ai tout aimé dans ce roman.

L’intrigue est bien menée.

Tout d’abord, le mystère qui plane sur les raisons qui ont conduit le père à se séparer de sa fille adorée, même s’il est levé assez rapidement, est bien installé. On suit les pensées de Gina qui s’imagine ces fameuses raisons et qui se sent trahie et abandonnée au point de vouloir s’échapper. Puis vient le moment où le père est obligé de révéler à sa fille la vérité sur sa présence à Matula.

« Des vies dépendent de ce que je vais te dire. Je n’ai pas voulu te mettre au courant, non que je n’aie confiance en toi, mais je ne voulais pas t’effrayer ni t’imposer des soucis que je te croyais trop jeune pour porter. Mais si je te laisse ici sans explications, en t’ordonnant simplement de rester sans que tu saches pourquoi, tu te sauveras peut-être de nouveau, ou tu te mettras à douter de moi et de l’affection qui nous lie. Alors je vais te parler, mais cela aura son prix. A partir de cet instant, tu ne seras plus une enfant, Gina, tu deviendras une adulte et plus jamais tu ne pourras vivre comme les autres enfants. Je remets ma vie entre tes mains, avec la tienne et celle d’autres personnes. Sur quoi jures-tu de ne pas nous trahir ? »

Et quand on sait, l’histoire prend une autre tournure. On comprend que ce qui se joue à Matula est une question de vie ou de mort, que la situation est grave et on se demande comment Gina va pouvoir rester dans cette institution alors qu’elle y a déjà compromis ses chances en se mettant à dos ses camarades.

La construction du récit est linéaire, tout se déroule au rythme de la vie monacale des pensionnaires, le tout pimenté par les frasques de Gina, peu habituée à obéir et à intégrer les règles. Il y est question d’intégration aussi, Gina débarquant au milieu des pensionnaires avec un esprit rebelle, non encore modelé par les règles de l’institution. On sent bien toutes les difficultés que cela va occasionner et la question de savoir si elle va pouvoir se rattraper après ses premières « erreurs » nous taraude.

L’énigme autour du « personnage » d’Abigaël donne un petit côté mystique à cette histoire. Puisqu’on est dans une institution religieuse, on se pose des questions. Humain ou esprit, qui est vraiment Abigaël, cette statue qui aide les pensionnaires ?

Ca se lit tout seul, c’est très plaisant à lire, le style est fluide et agréable lire.

Bref, cette première découverte de l’œuvre de Magda Szabo fut une belle réussite qui m’a donné envie de lire ses autres romans (que je me suis empressée de me procurer)

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé paru en 2004 aux éditions Actes Sud

Résumé

Parce qu’un viol a fondé leur lignée, les Scorta sont nés dans l’opprobre. A Montepuccio, leur petit village d’Italie du sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu’ils appellent “l’argent de New York”, leur richesse est aussi immatérielle qu’une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela – dont la voix se noue ici à la chronique objective des événements – confie à son contemporain, l’ancien curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.
Roman solaire, profondément humaniste, le nouveau livre de Laurent Gaudé met en scène, de 1870 à nos jours, l’existence de cette famille des Pouilles à laquelle chaque génération, chaque individualité, tente d’apporter, au gré de son propre destin, la fierté d’être un Scorta, et la révélation du bonheur.

Mon avis :

Le soleil des Scorta est le troisième roman de Laurent Gaudé pour lequel il a reçu le prix Goncourt en 2004. Il est traduit dans trente quatre pays.

Le soleil des Scorta met à l’honneur tant un pays, l’Italie, qu’une famille, les Scorta. De 1870 à nos jours, l’auteur retrace le parcours de cette famille pour qui tout n’avait pas commencé sous les meilleurs auspices mais qui fera preuve d’énormément de courage et de volonté.
Tout se déroule à Montepuccio, un petit village au Sud de l’Italie où Rocco, le premier des Scorta commença sa vie bien difficilement. Né d’un viol il réussira à retourner la situation à son avantage en bâtissant sa fortune par le crime et les vols mais décidera à sa mort de tout léguer à l’église afin que sa famille connaisse le prix de la sueur. On va ensuite suivre la vie de ses 3 enfants, Carmela, Giuseppe, Domenico, laissés dans la misère et qui devront se battre pour s’en sortir. Il y aura aussi Raffaele, un de leurs plus proches amis qui deviendra un Scorta par choix.

C’est une histoire de famille. « Chaque génération essaie. Construire quelque chose. Consolider ce qu’on possède. Ou l’agrandir. Prendre soin des siens. Chacun essaie de faire au mieux. Il n’y a rien d’autre à faire que d’essayer ». La famille est vraiment le pilier de cette histoire. On suit tous les personnages très attachants qui devront affronter la vie. Chacun aura sa croix à porter. Ils sont très attachés à leur village. « Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil…sa chaleur, nous l’avons en nous ». On vit avec eux les joies, les peines, les bons moments, les drames jusqu’à la fin de leur vie.

Glissés parmi le déroulement de cette vie, des chapitres écrits en italique où de la bouche de Carmela qui se confesse au Curé de la paroisse, sortent des morceaux de son histoire qui donnent un éclairage nouveau à certains passages.

Porté par une plume envoûtante, douce et poétique, très immersive, Laurent Gaudé nous emmène au pays des olives, sous un soleil de plomb dans une famille simple, touchante, aux fortes valeurs de travail et de persévérance car « quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie ». Il en profite également pour évoquer certains thèmes de l’histoire, la guerre, l’immigration en provenance de l’Albanie.

J’ai adoré passer, en quelques heures de lecture, toutes ces années aux côtés des Scorta, tous aussi attachants les uns que les autres. C’est un véritable coup de cœur tant pour la plume de l’auteur que pour l’histoire en elle-même. Une magnifique fresque familiale qui m’a emportée dès les premières lignes et tout comme les Scorta, je n’ai pas pu quitter le village de Montepuccio avant le point final.

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Les corps conjugaux de Sophie De Baere

paru le 22.01.2020 aux éditions JC Lattès

Quatrième de couverture :

Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans ?

Mon avis :

Oh my god ce roman !!!! Les corps conjugaux de Sophie de Baere est un double coup de coeur ♥️♥️♥️♥️♥️.

Tout d’abord pour l’histoire d’Alizia dite Alice, une histoire éprouvante, émouvante, captivante, dure qui remue et qu’on dévore avec frénésie.

La vie d’Alice n’a pas commencé sous les jours les plus roses. Entre un frère handicapé, une soeur effacée, elle est le rayon de soleil de sa mère qui la traîne de casting en casting pour montrer au monde la beauté de sa fille et en lui assénant qu’elle ne peut compter que sur sa beauté.

Toute son adolescence et jusqu’à ce qu’elle quitte son village, Alice se « contente de cultiver ce mythe misérable, cette gloire kleenex de la fille facile. D’une beauté écervelée qui va au plus offrant ou au plus populaire. Pourvu que ça lui serve. Pourvu qu’elle séduise, qu’elle maîtrise et qu’elle ait l’illusion de régner quelques instants »

Elle part à Paris et alors « L’Italienne de la rue du lavoir, la Miss locale, la fille des catalogues d’Euromarché, la débauchée : ici, elles n’existent pas« . En Normandie, Alice pensait ne pas mériter de voir son existence réduite à sa beauté mais à Paris, sur les Champs-Élysées, elle « n’existe pour personne. La starlette locale a cédé la place à une vulgaire employée pendulaire »

Quand elle rencontre Jean, sa vie bascule dans le bonheur.

« Peaux de glaise et bouches de rosée, nous sommes comme deux eaux qui dansent. Tout doucement, nos rives se rejoignent et le courant pousse nos lèvres l’une contre l’autre. Durant quelques instants, nos poitrines collées entremêlent nos côtes en une seule et même onde. Étendue et profonde »

« Jean lave mes tourments et il devient celui que j’attendais. Le père, le frère, l’ami, l’amant, l’époux. L’homme qui veillera toujours sur moi. Il ne sera jamais la lueur hésitante, je sais déjà qu’il sera mon avenir. Partout. Tout le temps. Dans les endroits hostiles comme en bordure des noirs silences »

« Jean m’édifie une bâtisse éternelle. Un destin de femme aimée jusqu’à son dernier soupir »

Et la cerise sur le gâteau, « la venue au monde de Charlotte. Soudain l’amour total. Sa récolte. Le dénouement prodigue de deux années intenses et le commencement de toute une vie à trois »

Elle est heureuse, Alice, elle aime sa vie, son compagnon, sa fille et tout ce bonheur sera consacré par le mariage. Elle « ne sait pas encore que, quelques jours après son mariage, elle quittera sa belle vie »

Et là, la première claque, l’évènement qui pousse Alice, du jour au lendemain, à quitter son mari et sa petite fille et si le lecteur sait pourquoi elle a fait ça, Jean, le mari et Charlotte, la petite fille, sont dans l’ignorance la plus totale des motivations qui ont conduit Alice à les abandonner. C’est une véritable torture de voir les conséquences ce terrible choix, tant pour Alice que pour ceux qu’elle a laissés derrière elle. Des claques émotionnelles on en prend, on tourne les pages, encore et encore avec l’espoir d’une fin heureuse, nos sentiments sont mis à rude épreuve et les émotions sont très fortes.

Ce roman c’est aussi un énorme coup de coeur pour la plume de l’auteure, une écriture sublime, poétique, chaque phrase, chaque description est un moment magique, la beauté des mots et la façon dont l’auteure les assemble est un pur moment de bonheur livresque.

❤️❤️❤️❤️❤️.

COUP DE COEUR·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa

paru le 12.02.2020 aux éditions Le livre de poche

Quatrième de couverture :

Petitesannonces.fr : Jeune homme de 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.
Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, devant le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir qui a pour seul bagage un sac à dos, et qui ne donne aucune explication sur sa présence.
Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naissent, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Mon avis :

Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa est un énorme COUP DE COEUR.

Avec ce roman, l’auteur a su combler toutes mes attentes de lectrice pour faire de cette lecture un merveilleux moment.

Avec un style fluide, l’auteur nous offre une très belle histoire, emprunte d’une petite pointe de mystère portée par le personnage de Joanne, cette jeune femme plutôt terne et peu causante qui a répondu à l’annonce d’Émile. Alors qu’on connait les raisons qui poussent Émile à partir, on ignore tout de ce qui a poussé Joanne à vouloir elle aussi tout quitter et partir à l’aventure dans un camping car avec un inconnu pour son dernier voyage.

Ces deux là n’ont a priori rien en commun et on a du mal, après les premières pages à voir comment ils vont pouvoir cohabiter pendant 830 pages…et puis finalement chacun apporte quelque chose à l’autre, ils se dévoilent et il est alors impossible de les quitter jusqu’à la fin que j’ai adorée parce que c’est celle que j’espérais de tout mon coeur.

Ce roman est aussi fort éprouvant en ce qu’il nous plonge au coeur de ce que vivent les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et leurs proches et le courage qu’il faut avoir pour appréhender cette maladie et ses conséquences.

Ce roman est une pépite, un hymne à la vie qu’on s’est choisie où le maître mot est de vivre pleinement chaque instant et d’apprécier chaque petit bonheur que vous offre la vie.

J’ai adoré suivre Joanne et Émile dans leur voyage et je ne peux que vous conseiller de prendre la route avec eux, vous ferez un un très beau voyage livresque.

❤️❤️❤️❤️❤️

HISTORIQUE·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

paru le 2.01.2019 aux éditions Le livre de poche

Quatrième de couverture :

À Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.

Au même moment, parmi les colonnes des survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille. Elle aurait pu le sauver. Elle s’appelle Magda Goebbels.

Mon avis :

Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer est une lecture intéressante sur Magdalena Goebbels.

Un peu gênée au départ par les changements de personnages auxquels je n’arrivais pas à m’attacher, j’ai finalement réussi à apprécier ce que je lisais. Les lettres de de père à sa fille y sont pour beaucoup.

C’est un roman fort qui ne laisse pas indifférent mais la lecture de la postface est venu perturber mon ressenti et je me retrouve à ne plus savoir quoi penser de cette histoire

LITTERATURE CONTEMPORAINE

La symphonie du hasard de Douglas Kennedy

livre 1 paru le 9.11.2017, livre 2 paru le 15.03.2018, livre 3 paru le 3.05.2018 aux &dtions Belfond

Quatrième de couverture :

« Toutes les familles sont des sociétés secrètes. » En lisant ces mots, Alice reste frappée par leur justesse. Les secrets, les non-dits, elle connaît. Chez les Burns, on en a fait une spécialité. La dernière en date ? Cette révélation que son trader de frère, Adam, vient de lui faire depuis le parloir de sa prison… Et qui la ramène une quinzaine d’années en arrière. C’était l’Amérique des années 70, celle des droits civiques et des campus en ébullition.
Un vent de liberté attisait les désirs et Alice rêvait d’évasion. C’était l’heure des choix. Les premières notes d’une symphonie à venir…

Mon avis :

J’ai adoré cette trilogie. Douglas Kennedy n’a pas son pareil pour raconter de très belles histoires de rapports humains, sa plume est toujours aussi fluide et addictive, un vrai bonheur.

Forrest Gump a dit « la vie c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber« . Pour Alice Burns, certains chocolats avaient un goût amer, sa vie qu’elle nous raconte n’a pas été de tout repos. Mais que d’émotions et de rebondissements!!

Dans le tome 1, on suit Alice pendant sa vie d’étudiante à une époque assez tourmentée. Elle est une jeune femme intelligente, douce mais au fort caractère. C’est un plaisir de la voir s’épanouir et affronter les obstacles qui se présentaient, s’élever contre les injustices et faire preuve de beaucoup de courage.

Dans le tome 2, la suite des aventures d’Alice se joue en Irlande. Elle est ponctuée de nouvelles rencontres, de rebondissements inattendus tout en nous plongeant au coeur de la société irlandaise dans le contexte difficile des attentats, des risques encourus à chaque sortie.

Enfin, le troisième et dernier tome est tout aussi passionnant que les précédents, on se rapproche de ce qu’on apprend au début et c’est très plaisant de tourner les pages pour voir comment on va y arriver. Et la conclusion de cette trilogie est très poétique et tellement vraie : « on ne peut jamais vraiment prévoir l’avenir ni savoir ce qui nous attend. On peut échafauder des projets, entretenir des espoirs. Mais la symphonie du hasard égrène toujours ses notes, et ses variations incessantes nous rappellent que tout ce que la vie a d’intéressant, de bon, de merveilleux, sera toujours contrebalancé par le mauvais, le tragique, l’effroyable. C’est le prix à payer pour ce cadeau extraordinaire, ce cadeau fou qui nous est fait : l’absence de certitudes… Sinon celle, absolue, que notre présence dans cet espace grand ouvert touchera un jour à sa fin.
Mais pour ceux d’entre nous qui sont toujours là, sur le chemin, que dire de ce qui les attend ? Quels mots suffiraient à résumer ce qui s’étend devant nous ?…à suivre…
« 

Chaque tome apporte quelque chose à l’histoire, on suit bien l’évolution d’Alice pendant toutes ces années qui n’ont pas été un long fleuve tranquille pour elle, mais plutôt une rivière sauvage alternant soit des flots tranquilles et plaisibles et soit des remous violents qui emportent tout sur leur passage.

J’ai aimé la construction de l’intrigue avec un point de départ qui n’en est pas vraiment un et qu’on va retrouver à un moment qui nous est encore inconnu.

J’ai adoré et si vous ne l’avez pas lue, foncez! Vraiment vous passerez un très bon moment