LITTERATURE CONTEMPORAINE·PREMIER ROMAN

La vraie vie – Adeline Dieudonné

la vraie vie

La vraie vie – Adeline Dieudonné – éditions L’iconoclaste – 29 août 2018 – 265 pages – 17 €

Résumé :

Un huis-clos familial noir. Un roman initiatique drôle et acide.
Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. Une découverte.

Le Démo est un lotissement comme les autres. Ou presque. Les pavillons s’alignent comme des pierres tombales. Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère, est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glace. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Mon avis :

Le problème avec les romans encensés par la critique c’est qu’on s’attend à un truc de fou et que finalement on peut se retrouver déçu à sa lecture s’il ne correspond pas à ce qu’on attendait, à ce que les critiques élogieuses nous avaient fait miroiter. Pour éviter ce problème, j’attends toujours (ou presque) que la pression retombe pour lire ce genre de romans afin de garder un oeil neuf.

La vraie vie est une lecture dérangeante. Émouvante par le sujet qu’elle traite du point de vue d’un enfant, une jeune fille de 11/12 ans, cette lecture me laisse quand même perplexe.

Dans ce roman il y a des choses que j’ai aimées. L’idée de base de choisir un enfant  pour nous raconter l’histoire m’a séduite, sa vision au premier degré des choses mais avec quand même une pointe d’imagination enfantine pour rendre la vie plus douce. Quand le terrible accident arrive et que notre petite héroïne veut retourner dans le passé pour changer les choses et toutes ses réflexions autour de son but étaient plaisantes à lire et les métaphores sur les cadavres empaillés dans la chambre interdite et la hyène représentant le mal qui gangrenait sa famille m’ont plu.

Mais il y a aussi des choses que je n’ai pas aimées. On ne sait finalement pas grand chose de ce qui caractérisait le petit frère avant et en quoi cet accident l’a changé. J’ai trouvé que ce changement était vraiment traité superficiellement. En réalité, était-il vraiment différent avant ou l’accident a-t-il ouvert les yeux de la jeune fille sur son frère. On ne sait rien de tout cela et ça m’a gênée car l’auteure nous laisse complètement dans le flou. En plus, je n’ai pas du tout adhéré à la façon dont l’auteure fait évoluer son héroïne au fil des pages. Je n’ai pas trouvé cette évolution crédible et cette petite héroïne qui m’avait tant plu au départ a fini par m’agacer.

Tout ce qui lui arrive dans cette histoire est horrible on est d’accord, j’ai compatis à ce qu’elle vit, mais ces situations, si horribles soient-elles, m’ont paru trop exagérées pour être réalistes et je n’ai pas trouvé de cohérence dans les enchaînements, ça manquait de « liant ». J’ai eu l’impression d’une juxtaposition d’évènements pour émouvoir le lecteur mais sans profondeur sur les sentiments de la petite fille qui vivait ces choses.

« Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie ». C’est vraiment l’impression qui ressort de cette lecture, un condensé d’histoires qui font peur mais qui ne reflètent pas la réalité de la vraie vie.

Bref, c’est une lecture rapide et facile mais sans être, pour moi, transcendante.

Pour finir un petit mot sur l’auteure :

adeline dieudonné

Adeline Dieudonné est une femme de lettres belge. Sa première nouvelle, « Amarula », parue dans le recueil « Pousse-café » en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La même année, elle écrit et interprète le seul en scène « Bonobo Moussaka ». Elle a publié aux éditions Lamiroy un opuscule, « Seule dans le noir » (2017). En 2018, elle publie un premier roman remarqué, « La vraie vie », qui remporte le Prix Première Plume 2018, le Prix du roman Fnac 2018 et le prestigieux prix Victor Rossel 2018.

PREMIER ROMAN·THRILLER

Les illusions – Jane Robins

les illusions

Les illusions – Jane Robins – éditions Sonatine – traduction Caroline Nicolas – 4 octobre 2018 – 360 pages – 21 €

Résumé :

Jusqu’où peut-on s’immiscer dans la vie de ses proches ?
Callie a toujours vécu dans l’ombre de sa sœur, Tilda, à qui tout réussit. Celle-ci est actrice et forme un couple heureux avec Felix, un riche banquier, alors que Callie vit seule et végète dans la librairie où elle travaille. Si elle admire toujours autant sa sœur, elle ne peut néanmoins s’empêcher de penser que quelque chose se cache sous ce vernis de perfection. Tilda ne serait-elle pas sous l’emprise de Felix, dont les comportements obsessionnels sont de plus en plus inquiétants ? Ou bien Callie se fait-elle des illusions ? N’est-ce pas plutôt elle qui a un problème avec la réussite de Tilda ? Lorsque Felix décède d’une crise cardiaque, les relations entre les deux sœurs prennent un tour complètement inattendu.

La jalousie, la culpabilité, le remords… dans ce roman au suspense hitchcockien, Jane Robins joue sur tous les registres des liens familiaux. D’une étonnante acuité psychologique, elle dessine des personnages à l’humanité poignante, jusque dans leurs familles et leurs excès, pris dans une intrigue où il est impossible jusqu’à la fin de démêler le vrai du faux.

Mon avis :

Les illusions est un très bon thriller psychologique. Une histoire particulièrement malsaine de jumelles aux relations inhabituelles pour des jumelles, une ambiance sombre et glauque, des personnages intrigants, une tension grandissante malgré un début un peu longuet, bref tous les ingrédients pour une lecture prenante et surprenante. J’ai beaucoup aimé. ❤❤❤❤

C’est une lecture qui met mal à l’aise tant le comportement des deux sœurs n’est pas celui qu’on attend de la part de jumelles et on ne ressent aucune empathie pour aucune des deux. Entre Tilda qui maintient une distance et a l’air de prendre sa sœur de haut en la traitant comme un boulet et Callie qui voue un culte à sa sœur au point de manger des choses qui lui appartiennent, des rognures d’ongles, dents de lait et autres horreurs qui font qu’on s’interroge grandement sur la santé mentale de Callie.

C’est à travers elle et sa vision des choses que l’on vit cette histoire malsaine et qui devient angoissante et prenante au fil des pages. C’est un thriller anglais donc le rythme est assez lent avec un démarrage un peu longuet. Mais progressivement la tension monte, l’auteure arrive bien à faire ressentir l’ambiance glauque et pesante qui règne entre les deux sœurs, on ne sait pas trop les sentiments qui le anime, on se pose plein de questions et on a bien envie de savoir comment cette histoire va finir.

L’auteure nous offre un très bon thriller psychologique sur le thème de la gémellité et des violences conjugales qui tient la route jusqu’à la fin. L’intrigue est très bien ficelée, on ne voit rien venir du dénouement final qui est à la hauteur de l’ensemble du récit.

Un bon moment de lecture!!

Pour finir un petit mot sur l’auteure :

jane robins

Jane Robins a débuté sa carrière comme journaliste dans les années 1980, travaillant pour des médias reconnus tels que The Economist, The Independent et la BBC. Habituée à couvrir l’actualité étrangère et politique (en Inde et en Asie du Sud-Est), elle devient, à son retour en Grande Bretagne, animatrice radio puis, à partir de 2006, écrivaine. Elle commence par publier des essais historiques avant de se lancer dans le thriller. « Les illusions » (White Bodies, 2017) est son premier roman.