COUP DE COEUR·HISTORIQUE·LITTERATURE CONTEMPORAINE·PREMIER ROMAN

L’hiver de Solveig – Reine Andrieu

L’hiver de Solveig de Reine Andrieu chez Préludes le 10.02.2021 – 448 pages

Résumé :

Été 1940. Dans la France occupée par les Allemands, les habitants sont contraints de donner gîte et couvert à l’ennemi. À Lignon, paisible bourg du Bordelais, les Lenoir, une famille de notables, doivent héberger Günter Kohler. Passée sa répulsion première, Noémie, la jeune épouse, éprouve une violente attirance pour l’adjudant qui vit désormais sous leur toit.
Printemps 1946. La guerre est terminée, mais elle a laissé derrière elle son lot de malheurs, et de nombreux déplacés. Parmi eux, une fillette, retrouvée assise sur un banc, dans un village non loin de Bordeaux. Qui est-elle ? d’où vient-elle ? et pourquoi semble-t-elle avoir tout oublié ? Justin, un gendarme de vingt-quatre ans, décide de la prendre sous son aile et de percer le mystère qui l’entoure.

Mon avis :

Ce roman il m’avait tapé dans l’œil dès que la maison d’édition en avait parlé sur Instagram en novembre dernier et j’attendais février avec impatience pour découvrir cette histoire sur un de mes thèmes préférés de lecture. Alors quand la maison d’édition me l’a proposé en service presse, c’était à nouveau Noël pour moi. Et je n’ai du tout été déçue après sa lecture.

Alternant des périodes pas si éloignées et les personnages, l’autrice nous offre une magnifique histoire, prenante et passionnante sur la seconde guerre mondiale.
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La parole est donnée à chaque personnage et c’est très agréable d’avoir les pensées de chacun des protagonistes. On se retrouve pris dans une intrigue savamment orchestrée où la tension s’amplifie au fil des pages et de l’écoulement du temps qui fait se rapprocher les deux « périodes » principales de cette histoire.
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L’aspect historique est très bien mené, on est vraiment immergés dans cette horrible période, on vit avec les personnages les événements qui se déroulent, on tremble avec eux car on sait qu’il va se passer quelque chose de dramatique mais dont on ignore encore tout.
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J’adore ce genre de romans où on est plongés au milieu d’une énigme, où on cherche nous-mêmes à trouver la solution et où on tourne chaque page avec frénésie parce que l’histoire est palpitante, parce que plus on avance plus on se rapproche du dénouement.
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Porté par une très belle plume, très agréable à lire, offrant une intrigue riche, dense et passionnante, ce roman se dévore d’une traite. Le commencer c’est accepter de ne pas pouvoir le lâcher avant la fin tant les personnages sont attachants.
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J’ai vraiment adoré cette lecture, c’est un coup de cœur que je vous recommande vivement de découvrir dès le 10 février 2021 en librairie.

Je remercie Maud des éditions Préludes de m’avoir envoyé ce roman dont j’attendais la parution avec impatience.

HISTORIQUE·POLARS/THRILLERS

Les suppliciées du Rhône – Coline Gatel

Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel paru le 6.02.2019 chez Préludes – 448 pages

Résumé :

Lyon,1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle. Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ? Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au coeur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges.
Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà de ses limites.

Mon avis :

Les suppliciées du Rhône est un savant mélange de polar et d’historique qui donne un roman passionnant et instructif.
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Pour le côté intrigue, des jeunes femmes sont retrouvées mortes après avoir subi, toutes, d’atroces mutilations. Deux jeunes étudiants en médecine légale, Félicien et Bernard, sont chargés de mener l’enquête pour trouver le coupable. Et c’est là qu’entre en scène le côté historique de cette histoire car nous sommes en 1897 et pour la première fois ce ne sont pas des policiers qui vont enquêter mais des médecins légistes. Avec leurs techniques particulières, toutes les connaissances acquises, ils vont se baser sur la science et les constatations sur les scènes de crime pour essayer de résoudre cet énigme. Entre prises d’empreintes, techniques pour savoir si un cheveu est celui d’une femme ou d’un homme, autopsies et détermination de l’heure du décès, nous sommes au tout début de la naissance de la criminologie, et c’est passionnant.
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Il y a aussi, Irina, une journaliste qui se joint à eux. Indépendante, n’ayant pas froid aux yeux, elle incarne le côté féminin de cette histoire et illustre la façon dont les femmes étaient considérées à cette époque où porter un pantalon pour une femme exigeait d’être titulaire d’un certificat de travestissement !!!
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L’autrice a su entremêler tous les aspects pour nous offrir un polar historique haletant, avec des indices, des pistes, des rebondissements et des questions qui tout en baladant le lecteur, donnent l’impression de participer activement à l’enquête. J’ai beaucoup aimé me forger des impressions…fausses bien sûr…et me faire surprendre par le final de cette histoire.
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Il n’y a rien à redire, ce roman policier est vraiment très bon, porté également par une très belle plume, et j’ai passé un excellent moment de lecture.
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Coline Gatel entre dans ma liste d’autrices à suivre et j’ai hâte de lire son prochain polar qu’elle m’a annoncé être prévu pour le mois de mai 2021 .

HISTORIQUE·LITTERATURE CONTEMPORAINE

Le vent nous portera – Jojo Moyes

Le vent nous portera de Jojo Moyes paru chez Milady le 16.10.2019 – 608 pages – traduction Nathalie Guillaume

Résumé :

Animée par une soif d’aventures et de grands espaces, Alice s’éprend d’un bel Américain et s’empresse d’accepter sa demande en mariage, laissant derrière elle son Angleterre poussiéreuse. Mais le rêve américain est mis à rude épreuve au cours de la Grande Dépression dans la petite ville du Kentucky où elle atterrit, entre un mari qui s’avère décevant et un beau-père au tempérament ombrageux.Aussi, quand la jeune femme répond à l’appel d’Eleanor Roosevelt pour créer des bibliothèques ambulantes afin de lutter contre l’illettrisme, c’est d’abord pour échapper à son quotidien étouffant. Elle se lie alors d’amitié avec Margery, une femme qui n’a peur de rien ni de personne. Ensemble, elles se jettent à corps perdu dans l’aventure et sillonnent à cheval les montagnes du Kentucky, bravant tous les dangers, pour apporter des livres dans les zones les plus reculées. Mais s’il y a bien une chose dont ces porteuses d’histoires ne manquent pas, c’est de courage. Un roman profondément émouvant sur l’épopée de la culture et l’émancipation féminine.

Mon avis :

Je n’avais jamais lu Jojo Moyes mais j’avais envie de la découvrir. J’avais d’ailleurs acheté récemment Les yeux de sophie à cette fin. Et puis j’ai décidé de tester la box littéraire Kube et c’est ce roman, Le vent nous portera, que le libraire m’a proposé. Après avoir été lire le résumé, j’ai accepté cette proposition et j’ai eu totalement raison car cette première lecture de l’autrice est une très belle réussite.

Alice est une jeune anglaise fraîchement débarquée au milieu d’une petite ville du Kentucky après avoir épousé le fils du directeur de la mine. Le rêve américain est loin d’être au rendez-vous pour cette jeune femme qui cherche l’amour. Son implication dans la mise en place d’une bibliothèque itinérante et sa rencontre avec Margery, une jeune femme indépendante et au fort caractère qui dénote dans le paysage rural vont radicalement bouleverser son univers.

Le contexte historique

« C’est au cours de la grande dépression Etats-Unienne du début des années 1930 succédant au krach boursier (« Jeudi noir ») du 24 octobre 1929 qu’une W.P.A. (« Work Progress Administration ») pilotée par le Président Franklin D. Roosevelt au sein du new Deal vit le jour alors que les mesures sur la Santé et la Sécurité étaient insuffisantes et que les maladies pulmonaires dans une région minière, le Kentucky, faisaient des milliers de victimes. Dans ce plan se dessinait notamment la possibilité pour les hommes de l’État du Kentucky de travailler sur des projets de constructions de bâtiments (écoles, cliniques, parkings, centres communautaires, etc.) mais aussi de routes par exemple. Ces projets requérant une force physique au-delà de la moyenne excluant de fait les femmes, des postes furent donc créés pour elles, notamment dans les hôpitaux, les écoles ou les bibliothèques. Dans le cadre de ces projets d’emplois, le « Pack Horse Library Project » fut mis en place, un service à la personne où des bibliothécaires, surtout des femmes, vont mener des livres ou des magazines à cheval ou à dos de mulet dans les coins les plus reculés du Kentucky de l’est, incluant la région montagneuse, escarpée et difficile d’accès des Appalaches. Ce fut la première véritable expérience de bibliothèque itinérante aux Etats-Unis, destinée à fournir aux citoyens une auto-éducation, d’autant que les bibliothèques étaient à peu près absentes dans l’Etat.  » extrait de l’article « Les « Pack horse librarians » bibliothèques itinérantes, Kentucky, U.S.A., 1936-1943 » – L’hirsute fanzine
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extrait de l’article « Les « Pack horse librarians » bibliothèques itinérantes, Kentucky, U.S.A., 1936-1943 » – L’hirsute fanzine

Le roman :

« Chevaucher jusqu’aux maisons les plus reculées et fournir de quoi lire à ceux qui ne sont pas capables de se rendre aux bibliothèques du comté (…) contribuer au développement de l’éducation, aider à apporter le savoir dans ces endroits où il manque cruellement aujourd’hui (…) ramener la connaissance et l’apprentissage au premier plan dans le monde rural »

Telle était la mission de la bibliothèque itinérante de Baileyville dans laquelle, Alice va s’investir et qui va avoir un impact considérable sur sa vie et la faire évoluer dans son caractère et ses convictions.

L’autrice m’a complètement embarquée dans cette histoire qui se complexifie et devient de plus en plus prenante et émouvante au fil des pages. Les différents thèmes évoqués tels que la place et le rôle des femmes mais également des livres dans la société, la violence et le racisme, sont mêlés de façon très habile par l’autrice qui, à travers une galerie de personnages, très attachants et émouvants pour certains, révoltants et détestables pour d’autres, dresse le portrait d’une époque mouvementée où les femmes ont du faire preuve de beaucoup de courage et de force pour faire changer les mentalités.

J’ai énormément aimé cette histoire qui m’a fait passer un très bon moment de lecture, j’ai savouré les pointes d’humour et de sarcasme, j’ai ressenti beaucoup d’émotions différentes, l’immersion dans l’histoire aux côtés d’Alice et Margery est totale et fort plaisante. Et avec une intrigue pour pimenter le tout d’une pointe de suspense, c’est une réussite pour moi.
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C’était mon premier roman de cette autrice, j’en ai un autre dans ma PAL et bien d’autres vont suivre tellement j’ai aimé la plume de Jojo Moyes et l’histoire qu’elle nous a servie, une belle histoire de femmes fortes et courageuses et dans laquelle les hommes biens sont aussi à l’honneur.
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Bref, une excellente lecture que je vous recommande vivement de découvrir

COUP DE COEUR·HISTORIQUE

Déjà, l’air fraîchit – Florian Ferrier

Déjà, l’air fraîchit de Florian Ferrier paru chez Plon le 15.10.2020 – 672 pages

Résumé :

1946 Hitler est mort, l’Allemagne plonge dans l’abîme.
Elektra, jeune allemande, bibliothécaire-expert pour la SS, attend son jugement par les alliés. En prison, elle revit son existence, hantée par l’absence de son père, et à travers elle, la montée du nazisme, l’occupation en France et la vie parisienne tant appréciée outre Rhin…
Dans une Europe dévastée par la guerre, Elektra tente de diriger sa vie et de s’émanciper.
Témoin privilégié de la voracité des services de spoliation dans l’Europe entière, alors que la défaite semble inéluctable, finira t’elle par prendre conscience de la brutalité de ce monde meilleur pour lequel elle pense œuvrer ?

Mon avis :

C’est complètement par hasard que je suis tombée sur ce roman sur une table de la librairie dans laquelle je m’étais rendue pour tout autre chose. Mon œil a été attiré par la couverture, puis après avoir lu la quatrième de couverture, j’étais complétement séduite, il me fallait ce livre. Et aussitôt acheté, aussitôt commencé, j’ai été complètement happée par cette histoire que j’ai dévorée en quatre jours.

Déjà, l’air fraîchit est un roman magistral tant dans sa construction que dans l’histoire, c’est bluffant.
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En 1946, Hitler est mort et Élisabeth Elektra Winter, 26 ans attend d’être jugée pour son appartenance au régime nazi. En quatre mois de détention, elle a eu le temps de se demander comment elle en est arrivée là, comment elle s’est convaincue d’appartenir à la race supérieure. Elle ne cherche pas à se disculper, elle ne s’abaissera pas à salir son histoire.
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Et c’est cette histoire que nous raconte l’auteur dans ce beau pavé de plus 650 pages qui se dévore d’une traite. Dès le premier chapitre j’ai été séduite par la très haute qualité de la plume de l’auteur. A travers la vie d’Elektra, l’auteur retrace toute la seconde guerre mondiale du point de vue des allemands, de la montée du nazisme à la débâcle finale, rien n’est épargné au lecteur.
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Elektra est l’héroïne de cette fresque, elle est attachante mais aussi troublante. On s’attache très vite à cette jeune fille qui a perdu son père très tôt, mystérieusement disparu quand elle avait 12 ans et dont l’absence plane comme une ombre sur sa vie. On vit avec elle son incorporation dans le service SS de confiscation des livres.

c’est une guerre feutrée que se livrent les services français et allemands autour du livre, dont l’enjeu est la préservation de l’histoire et de la culture

Et on suit toute sa vie pendant la guerre, son évolution tant professionnelle que personnelle.

Elektra prend conscience que la folie destructrice qui sévit ici la rend coupable de complicité, ainsi que l’ensemble du peuple allemand. Et lorsque viendra l’heure des comptes, personne ne sera épargné

La différence entre la Elektra, prisonnière à la fin de la guerre, et celle qu’on suit au cours du récit se révèle de plus en plus trouble au fil des pages, au fur et à mesure où l’on voit la jeune fille qu’elle était au début, évoluer au gré des évènements qui jalonnent son parcours. Elektra devient de plus en plus mystérieuse et envoutante.

C’est très documenté et fouillé historiquement, on vit vraiment le régime nazi de l’intérieur, les bagarres entre les différents services, les manigances et les personnalités des hauts responsables de ce régime. Il y a ceux qui savent ce qui se passe réellement et les autres, les simples maillons d’une chaine, qui font leur travail sans imaginer l’horreur de ce qui se passe réellement.
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La construction du récit est intelligente, l’alternance présent/passé est magistralement orchestrée, la tension et le suspense s’installent progressivement et il devient impossible de lâcher ce roman avant d’en connaître le dénouement.
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J’ai tout simplement adoré cette lecture qui m’a complètement emportée dans un tourbillon d’émotions, c’était passionnant et addictif et le côté thriller qui s’immisce dans l’histoire ont fait de cette lecture un pur kiffe livresque.
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Je ne peux que vous encourager à lire ce roman, vous ne serez absolument pas déçus.

HISTORIQUE·LITTERATURE CONTEMPORAINE·POLARS/THRILLERS

Darktown – Thomas Mullen

Darktown de Tomas Mullen paru chez Rivages le 4.03.2020 – 500 pages – traduction Anne-Marie Carrière

Résumé :

Atlanta, 1948. Répondant aux ordres d’en haut, le département de police d’Atlanta est forcé d’embaucher ses premiers officiers noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith. Mais dans l’Amérique de Jim Crow, un flic noir n’a pas le droit d’arrêter des suspects, de conduire des voitures de police ou de mettre les pieds dans les locaux de la police… Quand une femme métisse disparaît après avoir été vue pour la dernière fois dans la voiture d’un édile blanc, Boggs et Smith soupçonnent leurs collègues de vouloir étouffer l’affaire. Leur enquête les confrontera à un policier brutal qui dirige depuis longtemps le quartier.

Mon avis :

Darktown est un excellent roman qui mêle très habilement intrigue policière et roman historique sur l’intégration des premiers policiers noirs dans une Amérique encore très ségrégationniste de la fin des années 40.
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Boggs et Smith, deux anciens combattants, font partie des huit premiers noirs à avoir été recrutés, sous la contrainte du mouvement naissant pour les droits civiques des noirs, dans la police d’Atlanta. Révoltés par l’indifférence totale face au meurtre d’une jeune femme noire et malgré les restrictions qu’on leur impose dans l’exercice de leurs fonctions, ils décident de mener, au péril de leur vie, leur propre enquête pour trouver le coupable. Parce que s’ils sont bien policiers, ils ne peuvent pas mener d’enquête, ne peuvent circuler qu’à pied et toute interpellation n’est possible que par le concours de leurs « collègues » blancs. Et même leur uniforme de policier n’est qu’un faible rempart contre la haine raciale de certains blancs.

Dès les premières pages on est révoltés par ce qu’on lit, on est emportés dans un tourbillon de violence et de haine.

L’auteur a su créer une double tension dans ce roman qui attrape le lecteur et le kidnappe entre les pages jusqu’à la fin. Au suspense de savoir si nos deux policiers noirs vont réussir à trouver le coupable du meurtre s’ajoute celui de savoir s’ils vont, eux même, s’en sortir indemnes.

Eux qui avaient survécu jusqu’à l’âge adulte grâce à leur prudence et à leur discrétion, étaient tenus de patrouiller dans Darktown d’un pas lourd, dos droit et menton relevé, alors qu’ailleurs, en civil, ils devaient se faire tout petits, voire transparents.

Tout le contexte historique de cette époque est très bien présenté, tous les aspects en sont bien décortiqués et c’est un vrai plaisir de lecture.
Sans jugement, l’auteur dresse le portrait d’une époque qui, malheureusement, n’est pas encore totalement disparue de nos jours.

J’ai tout aimé dans ce roman, le parallélisme des deux duos de policiers, les deux policiers noirs auxquels on s’attache très vite, les deux policiers blancs qui interpellent le lecteur et donnent chacun une image de certains comportements.

C’est passionnant, j’ai énormément aimé cette lecture qui m’a fait penser aux romans de Jodi Picoult, mon autrice préférée pour sa capacité à traiter des questions essentielles de société en les intégrant dans des intrigues prenantes. Thomas Mullen a fait exactement pareil ici avec ce premier tome d’une série que j’ai dévoré. Et j’ai déjà le tome suivant Temps noirs dans ma PAL que j’ai trop hâte de lire.

HISTORIQUE·LITTERATURE CONTEMPORAINE

La dame du Ritz – Mélanie Benjamin

La dame du Ritz de Mélanie Benjamin paru chez Albin Michel le 28.10.2020 – 400 pages – traduction Christel Gaillard-Paris

Résumé :

Rien ne peut arriver au Ritz : dans ce temple du luxe qui autorise les caprices les plus farfelus, le prestige protège de tout. Même du pire, pense-t-on avant que l’armée allemande n’occupe Paris en juin 1940. Les hauts dignitaires nazis, dont Hermann Göring, investissent l’hôtel ; les portiers élégants sont remplacés par des soldats aux portes d’entrée. L’insouciance cède à la peur.
Pour Blanche Auzello, l’épouse du directeur du Ritz, cette réalité est insupportable. La Dame du Ritz, une américaine rebelle et intrépide, n’est pas femme à se résigner. Mais comment faire ? Dans le palace où le bruit des bottes étouffe désormais les rires, Blanche comprend que sa seule issue est le mensonge. D’autant qu’elle cache un secret qui pourrait mettre sa vie et celle de son époux en danger, mais aussi ternir la légende du Ritz…

Mon avis :

Les lectures sur la seconde guerre mondiale sont mes lectures préférées et après avoir beaucoup lu sur les victimes directes, de poignantes histoires sur les juifs et leurs vies dans les camps de concentration, j’aime aussi découvrir de nouvelles histoires sur des victimes indirectes, celles de personnes ayant aussi vécu pendant cette triste période mais dont le retentissement sur leur vie est différent.

La Dame du Ritz fait partie de ces lectures. Inspirée de faits réels, cette histoire plonge le lecteur dans les coulisses du Ritz sous l’occupation.
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Quand ils se rencontrent Blanche est une jeune américaine qui débarque à Paris pour devenir actrice…frivole, légère et délurée elle aime s’amuser. Claude, lui est directeur du Claridge, et il tombe immédiatement sous le charme de cette américaine.

quelque chose céda dans sa poitrine et, pour la première fois de sa vie, il se demanda, lui, Claude Auzello, s’il ne venait pas d’être victime de la flèche de Cupidon

C’est un homme assez « basique » et avec des idées sur les femmes assez vieillottes.

Claude : » Les femmes, ça cuisine. En tous cas, en France, c’est comme ça. »

Blanche : « C’est comme ça en Amérique aussi (…). Les jeunes filles sont éduquées pour savoir cuisiner et entretenir une maison (…) mes soeurs et moi avons aussi été élevées comme ça – toutefois je me suis toujours débrouillée pour échapper aux cours. Il était hors de question que j’apprenne des conneries pareilles »

Le fossé entre l’image qu’il se faisait de sa vie avec Blanche et celle qui se profile est énorme. Leur relation amoureuse est bizarre, elle dérange, on ne sent pas un amour débordant entre eux et du coup aucune empathie ne se ressent pour ce qui leur arrive.
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Quand le Ritz est investi par les Allemands, la vie de Blanche et Claude est bousculée et si Claude semble se faire à cette idée, il a bien du mal à canaliser son épouse.
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Le contexte historique est bien décrit on voit bien les choses comme les personnages les voient, les descriptions sont concises mais visuelles et on s’imagine très bien la scène dans notre esprit. Et même si nous, lecteurs, en savent plus avec notre recul sur cette période, on ressent bien l’angoisse et la peur qui s’installent. Vivre au milieu des ennemis n’est pas chose facile.
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Pour moi il y a deux parties dans ce roman et si la première m’a un peu gonflée car consacrée à la relation Blanche/Claude et comment ils sont devenus le couple qu’ils sont au moment où les allemands débarquent au Ritz, tellement antipathiques, la seconde partie est plus rythmée et beaucoup plus prenante, on entre dans l’action et c’est beaucoup mieux. Plus émouvant, on découvre plein de choses qui éclairent notre lanterne et nous font aimer les personnages un peu plus.

Ce roman est une belle illustration de l’évolution qui peut se produire sur les gens face à une situation aussi dramatique.

ne rien faire contre les nazis, (…) ne rien faire pour tous les gens qui ont disparu (…) mais simplement regarder, accepter, pleurer la nuit dans son oreiller, la rend malade

C’est un roman qui prend son temps et qui n’est pas trépidant. Mais cela reste tout de même une très bonne lecture que j’ai bien aimée lire, une nouvelle facette de la vie des civils sous l’occupation allemande que j’ai pris plaisir à découvrir.

HISTORIQUE

Le Réseau Corneille – Ken Follett

Le Réseau Corneille de Ken Follett paru chez Le livre de poche le 5.05.2004 – 599 pages – traduction Jean Rosenthal

Résumé :

France, 1944. Betty a vingt-neuf ans, elle est officier de l’armée anglaise, l’une des meilleures expertes en matière de sabotage. A l’approche du débarquement allié, elle a pour mission d’anéantir le système de communication allemand en France. Après une première tentative catastrophique et coûteuse en vies humaines, Betty va jouer le tout pour le tout en recrutant une brigade unique en son genre : le Réseau Corneille, une équipe de choc. Six femmes à la personnalité hors du commun : l’aristocrate, la taularde, l’ingénue, la travestie… chacune va apporter sa touche très personnelle au grand sabotage.

Mon avis :

Je n’avais jamais lu Ken Follett mais comme la seconde guerre mondiale est ma période préféré lecture historique, j’étais obligée de choisir Le Réseau Corneille pour ma première découverte de la plume de Ken Follett et c’est une très belle réussite.
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Indéniablement, Ken Follett est doué pour tenir en haleine son lecteur, sans aucun essoufflement du récit. Plus de 500 pages pendant lesquelles on suit alternativement Bettie Clairet, une jeune anglaise farouchement engagée dans la résistance qui doit mener à bien une mission hautement périlleuse mais indispensable pour anéantir le regime mis en place par Hitler et Dieter Franck, un redoutable major de l’armée allemande, doué pour faire parler n’importe quel prisonnier qui mettra tout en œuvre pour capturer et réduire à néant la résistance.
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Sur un rythme soutenu, digne des meilleurs films d’espionnage, c’est un véritable jeu du chat et de la souris qui se met en place. C’est super agréable à lire et les pages défilent sans qu’on s’en rendent compte.
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L’aspect historique et notamment le fonctionnement de la résistance et les moyens mis en œuvre par les allemands pour faire parler les prisonniers sont hyper intéressants et parfaitement intégrés dans cette histoire qui se révèle passionnante du début à la fin.
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C’est aussi un très bel hommage à toutes ces femmes courageuses qui ont contribué, volontairement et au péril de leur vie, à sauver notre pays.
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Bref, j’ai énormément aimé cette lecture et il y aura d’autres lectures de cet auteur dans mon avenir livresque.

COUP DE COEUR·HISTORIQUE

Une soif de livres et de liberté – Janet Skeslien Charles

Une soif de livres et de liberté de Janet Skeslien Charles paru chez JC Lattes le 7.10.2020 – 448 pages – traduction Freddy Michalski

Résumé :

Odile Souchet, vingt ans à peine, s’épanouit dans son travail à la Bibliothèque américaine de Paris, où elle côtoie la fameuse directrice Dorothy Reeder. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la jeune femme risque de tout perdre, y compris sa chère Bibliothèque. Alors que les nazis envahissent Paris, Odile et ses amis s’engagent dans la Résistance avec leurs propres armes : les livres.

Mon avis :

Les romans sur la Seconde Guerre Mondiale finissent toujours entre mes mains tant j’adore lire sur cette période depuis mon adolescence et la découverte du roman Au nom de tous les miens de Martin Gray. Pourquoi? parce que ces lectures sont (presque) toujours des lectures très fortes en émotions, passionnantes et révélatrices du meilleur comme du pire de la nature humaine. J’en ai lu beaucoup et je peux déjà vous dire qu’Une soif de livres et de liberté restera dans mes souvenirs comme un des meilleurs que j’ai lus.

Dans ce roman, l’auteure nous offre une magnifique histoire portée par une plume toute aussi magnifique.
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Dans les années 40, Odile Souchet est une jeune femme passionnée de lecture dont le rêve s’est réalisé quand elle a intégré la Bibliothèque américaine de Paris où elle côtoie des hommes et des femmes de tous horizons mais avec un point commun : la passion des livres et du partage.
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Dans les années 80, à Froid dans le Montana, Lily est une jeune fille de 12 ans qui cherche à percer le mystère de sa voisine, Mrs Gustafson, une femme solitaire, que les gens appellent la mariée de guerre et dont le courrier arrive dans des enveloppes au nom de Madame Odile Gustafson.
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Alternant entre les deux époques, l’auteur nous embarque complètement dans cette histoire poignante, captivante de ces passionnés de lecture qui ont assuré quoiqu’il leur en coûte, le maintien de la diffusion des livres de la bibliothèque aux abonnés.
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Le contexte historique est bien décrit, on est vraiment plongés au cœur de cette période, on sent bien l’ambiance, l’angoisse, les tensions. C’est vraiment intéressant de voir comment cette guerre a impacté différentes personnes. Ici il n’est pas question de vie dans les camps mais c’est tout aussi impressionnant et émouvant de voir comment les gens ont vécu cette période et les choix parfois très courageux qu’ils ont faits.
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Les petites pauses avec la vie de Lily sont plus douces même si cette partie est toute aussi émouvante avec l’apprentissage du deuil, de la reconstruction, de l’amitié pour une toute jeune fille. Les relations qui se nouent entre cette jeune fille et Odile m’ont touchée. J’ai apprécié de voir Odile, si froide et quelque peu distante au départ, émerger de sa carapace au fur et à mesure de ses échanges avec Lily.
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J’ai tout aimé dans ce roman qui m’a transportée, les passages au début sur les partages livresques entre les bibliothécaires a fait grimper ma wish list parce qu’il y est question de véritables romans. On est vraiment au tout début de l’année 1939, personne ne peut encore imaginer ce qui va se passer. Odile est une jeune fille qui en veut. Contrairement à ce qui est attendu d’elle à cette époque elle veut travailler, avoir son indépendance et son intégration à la fameuse Bibliothèque américaine de Paris lui apportera tout ce dont elle a toujours rêvé. Cette partie est un pur bonheur quand on est amoureux des livres car les échanges entre les personnages nous parlent, on lit ce qu’on a forcément pensé, vécu en lisant.

Je m’en suis gorgée comme si c’était de l’amour ou des gâteaux au chocolat. Je m’étais attachée si profondément aux personnages qu’ils en étaient devenus réels. J’avais le sentiment de connaître Janie au point qu’un jour, peut être elle entrerait à la Bibliothèque et m’inviterait à prendre un café

On vit avec les différents personnages de la Bibliothèque l’évolution de la situation, les différentes annonces, les craintes qui apparaissent et quand la situation s’assombrit vraiment avec l’arrivée des nazis, le rythme et la tension qui s’intensifient, lâcher ce roman devient impossible. On tourne les pages encore et encore pour savoir comment notre petite bibliothécaire française s’est retrouvée dans le fin fond du Montana.
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Odile explique à un moment à Bitsi à propos de son auteur préféré (Zora Neale Hurston) :

j’avais savouré les chapitres l’un après l’autre, engloutissant les mots tant je tenais à savoir ce qui arriverait ensuite (…) Puis, confrontée soudain à la poignée de pages qui me restait à lire, j’avais été prise de panique à la pensée que cet univers que j’aimais tant allait prendre fin alors que je n’étais pas prête à lui dire adieu. Alors j’ai décidé de lire lentement, pour jouir de chaque scène.

Moi je n’ai pas pu me freiner, j’ai avalé les mots et les pages pour savoir. C’est un livre à lire absolument, une pépite livresque dont je vous recommande vivement la lecture.

HISTORIQUE

Les naufragés de la discorde – Jock Serong

Les naufragés de la discorde de Jock Serong paru chez 10/18 le 15.10.2020 – 368 pages – traduction Isabelle CHAPMAN

Résumé :

1797 Sur une plage près de la colonie de Sydney, un bateau de pêche prend à son bord trois naufragés hagards et gravement blessés. Ils ont marché sur des centaines de kilomètres dans un pays dont les coutumes et le peuple leur sont totalement inconnus. En chemin, ils ont perdu quatorze membres de l’équipage. Et surtout, leur récit de la catastrophe diverge…
C’est au lieutenant Joshua Grayling que revient la tâche d’enquêter sur leur histoire. Il finit par comprendre que ces quatorze morts ont été orchestrées par un seul et même esprit calculateur et tandis que le périple des marins se révèle dans toute son horreur, il s’interroge : et si l’impitoyable tueur représentait une menace pour sa propre famille ?

Mon avis :

Attirée par la beauté de la couverture et le résumé assez alléchant, je me suis lancée dans Les naufragés de la discorde. Et ce fût une formidable aventure qui révèle combien les hommes peuvent être parfois monstrueux les uns envers les autres.
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Basé sur un réel naufrage qui s’est passé en 1797, près de Sydney tout juste colonisée, l’auteur nous offre une histoire passionnante, sombre et violente.
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Avec une écriture fluide très agréable à lire, de belles descriptions, on se retrouve plongé au cœur d’une intrigue à la construction particulière, originale, nous forçant à une gymnastique de l’esprit assez sympathique. Nous, lecteurs, savons plus de choses que le lieutenant Grayling, chargé d’enquêter et de découvrir ce qu’il s’est réellement passé pour que les trois naufragés soient les seuls à revenir de ce périple au cœur du bush australien. Arrivera-t-il à démêler les nœuds de cette histoire?

Alternant des chapitres sur l’enquête de Joshua Grayling et des chapitres où un des rescapés raconte, laissant au lecteur le soin de deviner qui il est, l’auteur déroule son histoire qui devient de plus en plus prenante au fil des pages et révèle toute l’horreur dont les hommes sont capables.

J’ai beaucoup aimé cette histoire et même si la fin m’a un peu laissée sur ma faim, ce fût en tous cas une belle découverte de la plume de l’auteur et une bonne lecture.

HISTORIQUE·POLARS/THRILLERS

Le violoniste – Mechtild Borrmann

Le violoniste de Mechtild Borrmann paru le 6.01.2016 chez Le livre de poche

Résumé :

Moscou, 1948. Alors que le célèbre violoniste Ilia Grenko quitte la salle de concert sous un tonnerre d’applaudissements, son Stradivarius à la main, il est arrêté par le KGB, sans comprendre ce qu’on lui reproche. Après des jours de privations, d’humiliations et d’interrogatoires, Ilia signe des aveux absurdes qui le condamnent à vingt ans de goulag. Sa famille est envoyée en exil. Et son violon, d’une valeur inestimable, disparaît à jamais.
Deux générations plus tard, Sacha, le petit-fils d’Ilia, se met en quête du Stradivarius et découvre l’histoire de sa famille, broyée par le régime totalitaire et ses hommes de main, indifférents à toute dignité humaine.

Mon avis :

J’ai découvert Mechtild Borrman avec son roman Sous les décombres qui m’avait tellement emportée que j’ai eu envie de découvrir ses autres romans alors quand je suis tombée sur Le violoniste , je n’ai pas hésité…et ce fût encore une belle lecture même si j’ai été moins touchée par cette lecture.

Le violoniste est un bon thriller historique qui nous emmène en 1948 aux côtés d’Ilia Grenko, musicien talentueux, qui se retrouve arrêté à la sortie d’un concert sans avoir le temps de parler à sa femme Galina. Son étui à violon contenant son stradivarius, disparaît en même temps que lui. Galina sa femme va devoir assurer sa survie et celle de ses enfants tout en cherchant à savoir ce qui est arrivé à son époux.

En 2008, Sasha Grenko se retrouve embarqué dans une course poursuite qui le conduira à découvrir les secrets de cette sombre histoire.

En alternant les deux époques, l’auteure nous raconte les histoires d’Ilia, de Galina et de Sasha. La vie dans le goulag, les atrocités, les difficultés, la peur, tout y est et donne envie de savoir comment Ilia et Galina vont s’en sortir. L’époque actuelle avec Sasha, dynamique et rythmée, trop rapide à mon goût m’a laissé un peu de marbre. J’ai aimé suivre les personnages mais j’ai trouvé qu’ils manquaient un peu de profondeur et ils n’ont pas su provoquer chez moi ces sentiments d’empathie et de compassion que j’aime ressentir dans mes lectures.

Peut-être être qu’à cause de mon énorme coup de coeur pour Sous les décombres j’en attendais trop de cette lecture…

Cependant, l’intrigue est bien menée, on reste embarqué dans l’histoire et la révélation finale est surprenante et effrayante, ce qui en fait une très bonne lecture.