COUP DE COEUR·HISTORIQUE

Une soif de livres et de liberté – Janet Skeslien Charles

Une soif de livres et de liberté de Janet Skeslien Charles paru chez JC Lattes le 7.10.2020 – 448 pages – traduction Freddy Michalski

Résumé :

Odile Souchet, vingt ans à peine, s’épanouit dans son travail à la Bibliothèque américaine de Paris, où elle côtoie la fameuse directrice Dorothy Reeder. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la jeune femme risque de tout perdre, y compris sa chère Bibliothèque. Alors que les nazis envahissent Paris, Odile et ses amis s’engagent dans la Résistance avec leurs propres armes : les livres.

Mon avis :

Les romans sur la Seconde Guerre Mondiale finissent toujours entre mes mains tant j’adore lire sur cette période depuis mon adolescence et la découverte du roman Au nom de tous les miens de Martin Gray. Pourquoi? parce que ces lectures sont (presque) toujours des lectures très fortes en émotions, passionnantes et révélatrices du meilleur comme du pire de la nature humaine. J’en ai lu beaucoup et je peux déjà vous dire qu’Une soif de livres et de liberté restera dans mes souvenirs comme un des meilleurs que j’ai lus.

Dans ce roman, l’auteure nous offre une magnifique histoire portée par une plume toute aussi magnifique.
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Dans les années 40, Odile Souchet est une jeune femme passionnée de lecture dont le rêve s’est réalisé quand elle a intégré la Bibliothèque américaine de Paris où elle côtoie des hommes et des femmes de tous horizons mais avec un point commun : la passion des livres et du partage.
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Dans les années 80, à Froid dans le Montana, Lily est une jeune fille de 12 ans qui cherche à percer le mystère de sa voisine, Mrs Gustafson, une femme solitaire, que les gens appellent la mariée de guerre et dont le courrier arrive dans des enveloppes au nom de Madame Odile Gustafson.
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Alternant entre les deux époques, l’auteur nous embarque complètement dans cette histoire poignante, captivante de ces passionnés de lecture qui ont assuré quoiqu’il leur en coûte, le maintien de la diffusion des livres de la bibliothèque aux abonnés.
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Le contexte historique est bien décrit, on est vraiment plongés au cœur de cette période, on sent bien l’ambiance, l’angoisse, les tensions. C’est vraiment intéressant de voir comment cette guerre a impacté différentes personnes. Ici il n’est pas question de vie dans les camps mais c’est tout aussi impressionnant et émouvant de voir comment les gens ont vécu cette période et les choix parfois très courageux qu’ils ont faits.
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Les petites pauses avec la vie de Lily sont plus douces même si cette partie est toute aussi émouvante avec l’apprentissage du deuil, de la reconstruction, de l’amitié pour une toute jeune fille. Les relations qui se nouent entre cette jeune fille et Odile m’ont touchée. J’ai apprécié de voir Odile, si froide et quelque peu distante au départ, émerger de sa carapace au fur et à mesure de ses échanges avec Lily.
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J’ai tout aimé dans ce roman qui m’a transportée, les passages au début sur les partages livresques entre les bibliothécaires a fait grimper ma wish list parce qu’il y est question de véritables romans. On est vraiment au tout début de l’année 1939, personne ne peut encore imaginer ce qui va se passer. Odile est une jeune fille qui en veut. Contrairement à ce qui est attendu d’elle à cette époque elle veut travailler, avoir son indépendance et son intégration à la fameuse Bibliothèque américaine de Paris lui apportera tout ce dont elle a toujours rêvé. Cette partie est un pur bonheur quand on est amoureux des livres car les échanges entre les personnages nous parlent, on lit ce qu’on a forcément pensé, vécu en lisant.

Je m’en suis gorgée comme si c’était de l’amour ou des gâteaux au chocolat. Je m’étais attachée si profondément aux personnages qu’ils en étaient devenus réels. J’avais le sentiment de connaître Janie au point qu’un jour, peut être elle entrerait à la Bibliothèque et m’inviterait à prendre un café

On vit avec les différents personnages de la Bibliothèque l’évolution de la situation, les différentes annonces, les craintes qui apparaissent et quand la situation s’assombrit vraiment avec l’arrivée des nazis, le rythme et la tension qui s’intensifient, lâcher ce roman devient impossible. On tourne les pages encore et encore pour savoir comment notre petite bibliothécaire française s’est retrouvée dans le fin fond du Montana.
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Odile explique à un moment à Bitsi à propos de son auteur préféré (Zora Neale Hurston) :

j’avais savouré les chapitres l’un après l’autre, engloutissant les mots tant je tenais à savoir ce qui arriverait ensuite (…) Puis, confrontée soudain à la poignée de pages qui me restait à lire, j’avais été prise de panique à la pensée que cet univers que j’aimais tant allait prendre fin alors que je n’étais pas prête à lui dire adieu. Alors j’ai décidé de lire lentement, pour jouir de chaque scène.

Moi je n’ai pas pu me freiner, j’ai avalé les mots et les pages pour savoir. C’est un livre à lire absolument, une pépite livresque dont je vous recommande vivement la lecture.

HISTORIQUE

Les naufragés de la discorde – Jock Serong

Les naufragés de la discorde de Jock Serong paru chez 10/18 le 15.10.2020 – 368 pages – traduction Isabelle CHAPMAN

Résumé :

1797 Sur une plage près de la colonie de Sydney, un bateau de pêche prend à son bord trois naufragés hagards et gravement blessés. Ils ont marché sur des centaines de kilomètres dans un pays dont les coutumes et le peuple leur sont totalement inconnus. En chemin, ils ont perdu quatorze membres de l’équipage. Et surtout, leur récit de la catastrophe diverge…
C’est au lieutenant Joshua Grayling que revient la tâche d’enquêter sur leur histoire. Il finit par comprendre que ces quatorze morts ont été orchestrées par un seul et même esprit calculateur et tandis que le périple des marins se révèle dans toute son horreur, il s’interroge : et si l’impitoyable tueur représentait une menace pour sa propre famille ?

Mon avis :

Attirée par la beauté de la couverture et le résumé assez alléchant, je me suis lancée dans Les naufragés de la discorde. Et ce fût une formidable aventure qui révèle combien les hommes peuvent être parfois monstrueux les uns envers les autres.
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Basé sur un réel naufrage qui s’est passé en 1797, près de Sydney tout juste colonisée, l’auteur nous offre une histoire passionnante, sombre et violente.
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Avec une écriture fluide très agréable à lire, de belles descriptions, on se retrouve plongé au cœur d’une intrigue à la construction particulière, originale, nous forçant à une gymnastique de l’esprit assez sympathique. Nous, lecteurs, savons plus de choses que le lieutenant Grayling, chargé d’enquêter et de découvrir ce qu’il s’est réellement passé pour que les trois naufragés soient les seuls à revenir de ce périple au cœur du bush australien. Arrivera-t-il à démêler les nœuds de cette histoire?

Alternant des chapitres sur l’enquête de Joshua Grayling et des chapitres où un des rescapés raconte, laissant au lecteur le soin de deviner qui il est, l’auteur déroule son histoire qui devient de plus en plus prenante au fil des pages et révèle toute l’horreur dont les hommes sont capables.

J’ai beaucoup aimé cette histoire et même si la fin m’a un peu laissée sur ma faim, ce fût en tous cas une belle découverte de la plume de l’auteur et une bonne lecture.

HISTORIQUE·POLARS/THRILLERS

Le violoniste – Mechtild Borrmann

Le violoniste de Mechtild Borrmann paru le 6.01.2016 chez Le livre de poche

Résumé :

Moscou, 1948. Alors que le célèbre violoniste Ilia Grenko quitte la salle de concert sous un tonnerre d’applaudissements, son Stradivarius à la main, il est arrêté par le KGB, sans comprendre ce qu’on lui reproche. Après des jours de privations, d’humiliations et d’interrogatoires, Ilia signe des aveux absurdes qui le condamnent à vingt ans de goulag. Sa famille est envoyée en exil. Et son violon, d’une valeur inestimable, disparaît à jamais.
Deux générations plus tard, Sacha, le petit-fils d’Ilia, se met en quête du Stradivarius et découvre l’histoire de sa famille, broyée par le régime totalitaire et ses hommes de main, indifférents à toute dignité humaine.

Mon avis :

J’ai découvert Mechtild Borrman avec son roman Sous les décombres qui m’avait tellement emportée que j’ai eu envie de découvrir ses autres romans alors quand je suis tombée sur Le violoniste , je n’ai pas hésité…et ce fût encore une belle lecture même si j’ai été moins touchée par cette lecture.

Le violoniste est un bon thriller historique qui nous emmène en 1948 aux côtés d’Ilia Grenko, musicien talentueux, qui se retrouve arrêté à la sortie d’un concert sans avoir le temps de parler à sa femme Galina. Son étui à violon contenant son stradivarius, disparaît en même temps que lui. Galina sa femme va devoir assurer sa survie et celle de ses enfants tout en cherchant à savoir ce qui est arrivé à son époux.

En 2008, Sasha Grenko se retrouve embarqué dans une course poursuite qui le conduira à découvrir les secrets de cette sombre histoire.

En alternant les deux époques, l’auteure nous raconte les histoires d’Ilia, de Galina et de Sasha. La vie dans le goulag, les atrocités, les difficultés, la peur, tout y est et donne envie de savoir comment Ilia et Galina vont s’en sortir. L’époque actuelle avec Sasha, dynamique et rythmée, trop rapide à mon goût m’a laissé un peu de marbre. J’ai aimé suivre les personnages mais j’ai trouvé qu’ils manquaient un peu de profondeur et ils n’ont pas su provoquer chez moi ces sentiments d’empathie et de compassion que j’aime ressentir dans mes lectures.

Peut-être être qu’à cause de mon énorme coup de coeur pour Sous les décombres j’en attendais trop de cette lecture…

Cependant, l’intrigue est bien menée, on reste embarqué dans l’histoire et la révélation finale est surprenante et effrayante, ce qui en fait une très bonne lecture.

COUP DE COEUR·HISTORIQUE

La plantation – Leila Meacham

La plantation – Leila Meacham paru aux éditions Charleston le 18 avril 2014
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Elisabeth Luc
528 pages – 22,50 euros

Résumé :

Caroline du Sud, 1835. Privé de son héritage, Silas Toliver veut partir avec sa bien-aimée Lettie vers un nouveau territoire portant le nom de Texas pour y établir sa plantation. Sans argent, il ne peut réaliser son rêve. Fille d’un riche propriétaire terrien, Jessica Wyndham a caché un esclave fugitif. Pour laver l’honneur de sa famille, son père propose un marché à Silas : il financera son expédition vers l’Ouest s’il accepte d’épouser Jessica, et de partir avec elle.

Mon avis :

Leila Meacham a connu un énorme succès avec Les Roses de Somerset, son premier roman. Publié dans vingt-cinq pays, il a été un best-seller du New York Times. Quand est venu le temps de nous offrir un second roman, elle a choisi de raconter comment les familles découvertes dans Les roses de Somerset étaient arrivés au Texas. Ainsi est né La Plantation, une fresque familiale époustouflante, passionnante qui emporte dès les premières pages.

On y découvre Silas, le cadet d’une famille de Caroline du Sud qui rève d’une plantation de coton dont il a déjà imaginé les moindres détails. Déshérité par son père qui a choisi de léguer le domaine familial à son frère aîné, il n’imagine pas rester et veut absolument offrir une vie meilleure à sa fiancée, la belle Lettie. On y découvre aussi Jessica Wyndham, une jeune fille de bonne famille qui défend férocement la cause des esclaves, jetant la honte sur sa famille. Pour sauver l’honneur de sa famille, son père décide de la faire partir. Il manigance la déchéance de Silas qui se retrouve contraint d’épouser Jessica pour pouvoir accomplir son rêve. C’est ainsi qu’avec son meilleur ami Jérémy Warwick, Silas Toliver et sa nouvelle épouse partent avec d’autres familles vers le Texas.

Ce voyage sera le début d’une aventure bouleversante et forte en émotions tant pour les personnages tous aussi attachants les uns que les autres que pour le lecteur qui suivra leurs vies jusqu’en 1900 et vivra avec eux l’amour, la haine, les tragédies, le bonheur, la guerre, les espoirs et bien des bouleversements marquants de cette époque. De l’arrivée sur la terre promise, on suivra avec eux la naissance de la petite ville qu’ils fondent Howbutker, son développement et sa résistance face aux évènements. C’est très prenant, l’écriture fluide et les chapitres courts donnent un rythme soutenu à cette lecture, on n’a absolument pas envie de quitter Silas et Jessica, on veut voir comment leurs relations vont évoluer, ce qu’ils vont faire de leur vie. Il n’y a aucune longueur et l’auteure arrive parfaitement à garder l’attention du lecteur. C’est un vrai plaisir.

Le contexte historique est très bien travaillé, l’auteur a dépeint avec beaucoup de réalisme la vie de l’époque. On est vraiment plongé au coeur de la ségrégation, à cette époque où les noirs n’avaient aucun droit et étaient considérés comme des objets appartenant à leurs maîtres. Les relations entre les maîtres et leurs esclaves est habilement décrite par l’auteur qui nous montre bien les différents comportements ; entre les esclavagistes féroces, les maîtres respectueux des traditions mais plus modérés et les fervents défenseurs des droits des esclaves, l’auteur dresse le portrait assez concret de la société de cette époque. On y découvre aussi le fonctionnement du Chemin de fer clandestin et les conséquences pour ceux qui y participent. Au fil des pages et des années qui s’écoulent, on vit aussi la montée en puissance du conflit Nord Sud jusqu’à ce qu’arrive inéluctablement la guerre et ses tristes conséquences. L’auteure arrive à maintenir un très juste équilibre entre Histoire et histoire et c’est très agréable de pouvoir être plongé dans une histoire captivante, intéressante et instructive.

J’ai adoré cette lecture qui a su combler toutes mes attentes de lectrice : une histoire forte, pleine d’émotions, au dynamisme constant et dont il est impossible de sortir avant la fin. J’ai maintenant hâte de pouvoir lire Les roses de Somerset.