POLARS/THRILLERS

Révélée – Renée Knight

Révélée de Renée Knight chez Fleuve en 2015 et chez 10/18 en 2016

Résumé :

Catherine ne sait plus comment ce livre lui est parvenu, mais depuis qu’elle l’a commencé, elle ne dort plus. Angoissée, obsédée par cette lecture, elle ne parvient pourtant pas à la terminer, terrifiée par ce que la fin pourrait révéler. Car le personnage de ce livre, c’est elle. Elle en est convaincue. Et l’auteur, E. J. Preston, y expose un secret qu’aucune personne vivante n’est censée connaître. Derrière ce pseudonyme, se cache Stephen Brigstocke. Cet ancien professeur voit sa vie déraper doucement et sûrement depuis le décès de son épouse. Jusqu’au moment où il découvre dans les affaires de celle-ci les photos d’une femme sur une plage et posant nue dans une chambre d’hôtel. Stephen n’a alors plus qu’un but : voir sombrer celle qu’il juge être la source de son malheur…

Mon avis :

Renée Knight est réalisatrice, productrice et auteur de documentaires pour la télévision et le cinéma. Révélée est son premier roman. Best-seller en Angleterre, traduit dans le monde entier et en cours d’adaptation cinématographique, ce roman fût une très belle lecture qui frôle le coup de cœur.

Contrairement aux thrillers anglais classiques, il démarre sur les chapeaux de roue et la tension installée dès les premières pages se poursuit jusqu’à la révélation qui vous retourne le cerveau.

C’est un pur thriller psychologique qui explore en profondeur la nature humaine, les relations de couple et d’autres thèmes qu’il serait cruel de révéler ici.

Tout commence avec un livre « Elle l’observe, posé à l’envers, encore ouvert tel qu’elle l’a laissé : ce livre auquel elle s’est fiée. Les premiers chapitres l’on amadouée et mise en confiance, ils lui ont procuré un sentiment de confort tout en lui laissant deviner le léger frisson à venir, le petit quelque chose qui l’incitait à poursuivre sa lecture, mais sans fournir aucun indice sur ce que le livre lui resservait. Il l’a appâtée, attirée dans ses pages, toujours plus loin, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle était prise au piège. Alors les mots ont ricoché dans sa tête et claqué dans sa poitrine, les uns après les autres. Comme si toute une file de gens avait sauté devant un train et qu’elle, conductrice impuissante, était incapable d’éviter la collision fatale. Trop tard pour freiner. Impossible de faire machine arrière. Malgré elle. Catherine s’est retrouvée coincée dans les pages du livre » et moi aussi par la même occasion.

Catherine est une quadragénaire qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec son mari Robert, après le départ, un peu forcé, de leur fils Nicholas pour vivre sa vie d’adulte. On ressent assez vite une certaine tension, une vie de famille assez particulière finalement. Catherine apparaît froide et distante, accaparée par son métier de journaliste visant à dénoncer les actes de pédophilie, elle semble être une femme droite et intègre, plus en phase avec sa vie professionnelle qu’avec sa vie de mère et de femme. Mais elle a un secret, qu’elle pensait ne jamais voir refaire surface et pourtant….ce livre qu’elle dévore n’est pas une lecture anodine, elle en est l’héroïne, et ce qu’elle y lit va bouleverser sa vie.

Construite sur une alternance de chapitres entre Catherine et l’auteur du livre, l’intrigue est machiavéliquement orchestrée, on ne voit rien venir, on dévore les pages pour connaître tous les tenants et les aboutissants de cette histoire.

Le seul petit bémol qui fait s’envoler le coup de cœur pour cette lecture c’est l’épilogue. Je crois que Mattias Köping a définitivement mis fin à mon goût pour les « happy end » et cela s’est vérifié ici. Si la révélation est une vraie claque qu’on ne voit absolument pas venir et qu’on se prend en plaine face, elle arrive trop tôt ; elle aurait dû être le point final de cette lecture et nous laisser ainsi, abasourdi et estomaqué. Parce que ce sont vraiment les sentiments ressentis à ce moment-là. Sauf qu’il reste encore 50 pages, des pages qui nous font douter encore de connaître le fin mot de l’histoire, qui nous font espérer une nouvelle fin….qui ne s’est pas révélée à la hauteur de ce que j’attendais au regard de la qualité de l’intrigue qui s’était déroulée sous mes yeux. J’ai espéré, attendu un twist final qui n’est pas venu. J’aurai préféré une fin plus punchy.

Mais malgré tout cette lecture est une totale réussite. Pour un premier roman, Renée Knight a mis la barre très haute en se démarquant de tous ses compatriotes anglais. C’est le meilleur thriller anglais que j’ai lu jusqu’à ce jour, rythmé, passionnant, maintenant une tension constante pendant quasi tout le récit, un suspense exceptionnel. J’ai énormément aimé cette lecture.

***

Renée Knight revient le 27 août 2020 avec son nouveau roman qui sera publié chez Fleuve et je peux vous assurer que moi je serai au rendez-vous

Résumé :

Il n’y a qu’un pas entre la loyauté…et l’obsession.

Regardez autour de vous. Qui détient le plus de pouvoir dans la pièce ? Est-ce celui qui parle le plus fort ou celui qui a le plus d’argent ?
Ou peut-être est-ce quelqu’un comme Christine Butcher : une figure douce et invisible, un témoin silencieux lorsque les informations sont partagées et les secrets murmurés.
Quelqu’un qui, tranquillement, parfois même sans le vouloir, accumule des connaissances sur ceux qu’elle est venue servir — ceux qui ne vont pas faire attention à elle.
Mais lorsque quelqu’un comme Christine Butcher est poussé à bout, elle pourrait bien devenir la personne la plus dangereuse et la plus puissante de la pièce…

THRILLER

Fleur de cimetière – David Bell

fleur de cimetiere

Fleur de cimetière – David Bell – Actes Sud – traduction Claire-Marie CLÉVY – janvier 2013 – 400 pages – 23 €

Résumé :

Tom et Abby Stuart avaient tout pour être heureux : un mariage parfait, une vie confortable et une merveilleuse petite fille de douze ans, Caitlin. Jusqu’à ce que Caitlin disparaisse sans laisser de traces. Pendant un temps, le couple s’accroche à tous les espoirs, toutes les fausses pistes, mais cette vaine attente et le poids de la culpabilité finissent par avoir raison de leur union.
Quatre ans plus tard, au lendemain des funérailles organisées en sa mémoire, Caitlin réapparaît – sale, hirsute, étrangement calme. La jeune fille refuse d’expliquer ce qui lui est arrivé. Et lorsque la police arrête un suspect lié à l’affaire, Caitlin refuse de témoigner contre lui, laissant les Stuart face à une seule alternative : abandonner l’espoir que justice soit faite ou prendre les choses en main. Tom se lance dans une quête obsessionnelle de la vérité, mais rien de ce qu’il a vécu jusqu’alors ne l’a préparé à ce qu’il est sur le point de découvrir.
Savez-vous réellement qui sont vos enfants ? Croyez-vous sincèrement pouvoir les protéger ? Êtes-vous vraiment ce qu’il y a de mieux pour eux ? Avec ce premier roman, David Bell signe un suspense psychologique implacable en forme de huis clos familial et s’affirme d’emblée comme un maître du polar en chambre froide.

Mon avis :

Fleur de cimetière est un thriller très bien construit, très addictif, un brin flippant, bref une réussite dans le genre. MAIS il est vraiment regrettable que la quatrième de couverture en dise autant : un rebondissement page 150, un autre page 250 sur un roman de 387 pages, cela ne laisse que peu de place au suspens et c’est dommage.

Vous vous demandez certainement comme je peux qualifier un thriller de très bien construit et addictif tout en reprochant à la quatrième de couverture de trop en dire. C’est parce que l’auteur a un talent certain pour travailler ses personnages et leurs sentiments et qu’il a réussi à me captiver.

J’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a traité la manière dont un couple vit la disparition de sa fille. Tout est travaillé en profondeur bien qu’axé essentiellement sur le père. En effet c’est par lui que l’on suit toute l’histoire. L’opposition des sentiments des parents est flagrant. Entre la mère qui semble avoir fait son deuil et qui organise une cérémonie de funérailles pour dire adieu à sa fille, épaulé par le pasteur de la communauté religieuse à laquelle la mère a adhéré, et le père qui, lui,  n’a jamais perdu espoir de retrouver sa fille et qui ne supporte pas de vivre sans elle tout en devant en plus se remettre de la fin de son mariage. Toute cette partie m’a plu mais le fait de savoir que la fille allait revenir à un peu pollué ma lecture car ce retour était attendu et c’était très perturbant de tourner les pages encore et encore sans voir arriver le retour annoncé avant la page 150.

Avec ce retour bien évidemment une nouvelle dynamique se met en place, une nouvelle analyse des sentiments des personnages et aussi de Caitlin que l’on découvre et qu’on apprend à connaître. Elle est devenue une adolescente taciturne, son comportement est assez perturbant, on a beaucoup de mal à la cerner.  On se pose plein de questions et sa personnalité est assez intriguante et complexe pour susciter l’intérêt du lecteur.

Toute l’intrigue est bien ficelée, c’est très agréable à lire et l’auteur a un talent incontestable pour tenir le lecteur en haleine. Il nous montre bien les mécanismes qui font qu’un méchant arrive à manipuler sa victime pour la garder avec lui sans entraves physiques, comment psychologiquement il est possible de prendre l’ascendant sur sa victime et lui faire croire qu’elle est maître de ses pensées, de son comportement et que rester est le fait de sa volonté propre. C’est effrayant.

Mais la connaissance de certains éléments de l’histoire, en avance, donne une vilaine impression de spoil, on attend les éléments connus et c’est assez dérangeant.

Bref c’est un très bon thriller mais qui aurait mérité une autre approche dans la quatrième de couverture pour maintenir le suspense tout au long de la lecture.

Pour finir un petit mot sur l’auteur :

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David J. Bell est écrivain et professeur d’université. Il détient un doctorat (Ph.D) en littérature américaine et création littéraire de l’Université de Cincinnati. Fleur de cimetière (Cemetery Girl, 2011) est son troisième roman. Il vit à Bowling Green, dans le Kentucky, où il enseigne l’écriture à Western Kentucky University. Quand il n’écrit pas, il aime se promener dans le cimetière près de sa maison.